ACTE TROISIÈME
MADAME BERTEAU
Voyons, est-ce l'horrible chose que Geneviève a redoutée? Est-il vrai que cet affreux duel ne soit pas fini? Si c'est cela, tu as bien fait de ne pas le lui dire à elle, mais moi, dis-le-moi. J'aime mieux le savoir tout de suite. Je te promets d'être forte. Je ne te gênerai pas. Je ne me jetterai pas à tes pieds. Tu seras maître de sortir à toute heure, et je ne te demanderai pas même où tu vas. Tiens, dis-moi que c'est cela, et tu verras si je pleure.
LOUIS
Eh bien, oui.
Tu dois encore te battre ?
LOUIS
Oui.
MADAME BERTEAU
Bien. (Elle chancelle et s'assied.)
LOUIS, à part.
Eh bien, oui, je me battrai encore, je le souffletterai, et cette fois, je m'arrangerai pour être plus
heureux. Cela terminera tout. (Regardant sa mère qui se cache la Qgure dans les mains.) Âh !
MADAME BERTEAU, sanglotant.
0 mon Dieu!
LOUIS
Vous m'aviez promis d'être forte.
MADAME BERTEAU
0 mon Dieu I ô mon Dieu!
LOUIS
Je ne puis la voir sangloter ainsi. — J'ai menti, je ne me rebattrai pas.
Tu me dis cela par pitié.
LOUIS
Je vous le jure.
MADAME BERTEAU
Si tu veux que je te croie, dis-moi ta raison.
LOUIS
Ma raison, eh bien, c'est — un voyage.
MADAME BERTEAU
Un voyage!
LOUIS
Oui, je vais être forcé de m'absenter.
MADAME BERTEAU
Quand?
LOUIS
Aujourd'hui.
MADAME BERTEAU
Aujourd'hui! — Pourquoi?
LOUIS
Parce que... A cause de ce duel. Il y a une blessure, il y aura des poursuites.