‹ Théatre completChapitre 29 sur 176 · SCÈNE VI · texte numérisé non relu

SCÈNE VI

FIDELINE, LYDIA, BEPPO, TROPPA.

BEI' PO, stupéfait.

Ti-opp!...

TROPPA.

C'est assez. J'ai deux mots à te dire.

BEPPO

Attends un moment.

TROPPA.

Non, par le Styx ! Je désire Que ce soit tout de suite.

BEPPO

Est-ce donc si pressant?

TROPPA.

Très pressant.

BEPPO

Ce sorbet...

TROPPA.

Donne.

Il prend le sorbet et le boit.

Écoute à présent.

Vite!

TROPPA.

Regarde-moi, si tu le peux, en face.

Et maintenant, dis-moi, suis-je d'air ou de race A tenir une auberge?

BEPPO, étonné.

Ah! tu viens du buffet!

TP.OPPA.

Et quand on dit auberge, on me flatte. En effet, L'aubergiste vous loge, il est vrai, mais on paie; Au lieu que moi... Mais non, l'expression est vraie, Car je serai payé, je t'en donne ma foi. Et plus que... Tiens, vraiment, j'ai du mépris pour toi!

BEPPO

C'est une opinion de tous les anciens sages

Et qui ne doit pas choir dans le torrent des âges

Qu'on n'a pas inventé le vin pour le baril!

Et Falstaff, qui vaut tous les sages, dit — qu'eût-il

Mille fils, il croirait leur âme assez instruite

S'il leur inculquait bien pour règle de conduite,

Sur cette terre où nul ne marche d'un pied sûr,

L'horreur de l'eau rougic et l'amour du vin pur !

Le bon vin est vraiment une admirable chose,

Je sais; mais, songes-y, pris à trop forte dose.

Le vin produit en nous les mêmes résultats

Que l'eau dans un navire : il peut nous couler bas

Enfin, rentre. — Voici ce que je te conseille :

Lorsque le vin est trouble, on pose la bouteille;

Or, dans ce moment-ci, la bouteille, c'est toi. Va te... poser.

TROPPA.

C'est bon, ris le premier, — et moi.

Je rirai le dernier. Je sais ce qui se passe. Je le sais, je le sais, te dis-je! Tête basse! Je te la confiais en toute lo}-auté Pour en frapper une autre et par pure bonté, Et voilà la façon dont tu veux me la rendre ! Juge-toi.

FIDELINE, à Lydia.

Vous devez commencer à comprendre.

Qu'est-ce que vous pensez de sa perfidie?

LYDIA, accablée.

Ah!

Donc, tu crois que je t'ai dérobé Lydia?

En es-tu sûr? Eh bien, mon cher, j'en suis bien aise.

Et je ne trouve pas la nouvelle mauvaise.

Lydie est vraiment belle et je l'aimais, ma foi.

Je suis touché du soin que tu prends...

Tiens, tais-toi !

C'est charmant de railler l'ami qu'on déshonore ! J'aurais dû m'en douter; mais je croyais encore Au devoir, au respect des lois. Voler un prêt! Un simple balayeur, mon cher, en rougirait.

BEPPO

Quelqu'un te fait agir... Attends que je t'explique...

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