ACTE PKEMIEU
MADAME GERVAIS
Non, VOUS ne la mangez pas, mais vous la coudoyez. Je ne sais ce que vous avez ce matin, vous ne tenez pas en place, vous vous asseyez, vous vous levez, vous marchez, vous touchez à tout. Ma potiche tremble à chaque pas que vous faites.
BRUEL
Cah! elle est très solide.
MADAME GERVAIS
Elle est très solide, sans doute! mais quand on gesticule à la cheminée comme ra!... (En imitant le geste de
Bruel, elle touche du coude la potiche, qui tombe sur les pieds de Bruel et se casse en morceaux.) Là! qu'cst-Ce que je VOUS
disais?
ANDRÉE, courant à son père.
Tu n'es pas blessé?
BRUEL
Non.
MADAME GERVAIS
Je voudrais qu'il fut blessé, et fortement ! C'est agréable, voilà ma potiche en miettes! Vous ai-je assez averti? Vous l'avez voulu. Êtes-vous content?
BRUEL
Je vous ferai remarquer que c'est vous qui avez cassé la potiche.
MADAME GERVAIS
Bon, ra va être moi, maintenant!
68 JKAN BAUDRY.
Ma chère belle-sœur, vous avez une habitude bizarre, qui est de reprocher aux gens le mal que vous leur faites. Quand on a commis une maladresse, on s'en excuse; mais vous, toutes les fois que vous avez un tort envers quelqu'un, vous le querellez.
MADAME CERVAIS,
Comment! c'est moi qui...?
BRUEL
C'est vous qui avez renversé cette potiche. Vous avez failli me blesser, je ne vous en veux pas, mais il est étrange que vous m'en vouliez.
MADAME GERVAIS
Soit, c'est moi qui ai tort. Ma potiche n'est pas cassée, si vous voulez. Oh! c'est exaspérant!
BRUEL
Ce qui est exaspérant...
ANDRÉE, apaisant son père.
Ma tante vient d'être malade.
BRUEL
Tu as raison. Voyons, ma chère belle-sœur, la paix. C'est moi qui ai cassé la potiche. J'avoue mon crime. Vous me permettrez de vous en offrir une autre paire. Pardonnez-moi un moment d'iiuineur. Je suis un peu agacé ce matin. Je suis inquiet d'un navire qui n'arrive pas.