ACTE PREMIER
Je te la ferai voir. Un mélange vivant
De fière indépendance et de chasteté fière.
Rien de rogné, te dis-je! Une âme tout entière!
Extrême, tutoyant les gens au premier mot,
Et, si vous la touchez, s'envolant aussitôt.
Espérer d'encager un tel oiseau? chimère!
J'ai feint qu'elle ignorait son vrai nom, — que sa mère,
Qui l'avait dû cacher pour l'avoir eue un peu
Trop tôt, en expirant m'avait fait cet aveu.
Et lui léguait par moi ses biens. Absurde fable.
Mais que le legs des biens a faite vraisemblable.
— Elle est là d'avant-hier. — La voyant tous les jours, A moins d'être stupide ou bâti comme un ours. J'espère bien... Sinon, je lui dis son histoire,
Et, quand elle verra qu'il est partout notoire Qu'elle vient de passer un mois chez un garçon...
— Est-ce bien calculé?
BEPPO
Don Juan ! — Sans façon, Je la prends.
TROPPA.
Qui?
BEPPO
Lydie.
TROPPA.
Ah ! jamais !
BEPPO
Qui t'effraie?
De quoi s'agit-il donc? Il suffit que je l'aie
A mon bras en public et qu'on nous voie, au bois Ou devant ce jardin, au plus quatre ou cinq fois.
TROPPA.
Oui, mais une autre peut...
BEPPO
Ta Lydie est bien celle Qu'il me faut ; on épouse une enfant pure et belle ; Et puis, elle n'est pas d'ici, cela vaut mieux : Sa figure nouvelle attirera les yeux.
TROPPA.
Je t'en aurai, mon cher, une toute pareille.
Pourquoi? Ta Lydia me convient à merveille. Est-ce que tu serais jaloux jusqu'à ne pas Vouloir que je lui donne une ou deux fois le bras? Si ton idée est bonne, en quelques jours je change Le cœur de Fideline, et je te rends ton ange.
TROPPA.
Si Fideline allait être un mois à changer?
Lydia là-dedans ne peut pas s'engager
Pour se reprendre au beau milieu de l'aventure.
BEPPO
Enfin, tu ne veux pas me prêter ta future?
TROPPA.
J'aurais beau consentir, elle refuserait.
Je sais bien de quel air elle me recevrait
Si je lui proposais d'entrer dans ce mensonge.