ACTE PREMIER
OLIVIER
Eh bien i
JEAN BAUDRY
Et si tu perds?
OLIVIER
Tant pis pour moi.
Et pour ton prêteur. — Non, pour moi.
OLIVIER
Pour vous?
JEAN BAUDRY
Pour moi. On ne prête pas légèrement vingt mille francs. Ton prêteur me connaît.
OLIVIER
Oui.
JEAN BAUDRY
Il sait ma tendresse pour toi, et il se dit que, si tu perds, je payerai.
OLIVIER
Vous ne payerez pas ; votre nom n'a pas été prononcé.
JEAN BAUDRY
Ton usurier aura contre toi des lettres de change, un jugement, un moyen de scandale. Ta clientèle te quittera.
OLIVIER
C'est mon lendemain en cas de perte qui vous inquiète? Tranquillisez-vous. Si je perds...
102 JEAN BAUDRY
JEAN BAUDRY
Tu te tueras? Tu n'en auras pas le droit. Ta vie sera le seul gage de ton prêteur : elle ne sera plus à toi, mais à lui. Ta mort serait un... (u se reprend.) serait une mauvaise action. Tu vivras, on te poursuivra, et je payerai. Donc, un usurier complote contre ma bourse, et tu l'y aides. Je livre ce fait à ta réflexion. N'espère pas que, si tu perds et si tu es poursuivi, je dirai : C'est bien fait, il ne m'a pas écouté, qu'il en porte la peine! Non, je te préviens que, si tu perds, je payerai. Désormais, tu es averti, joue si tu l'oses. Mais compte sur ma menace : je ne t'abandonnerai pas!
OLIVIER
Vous abusez de votre bonté.
JEAN BAUDRY
Tu consens?
OLIVIER
Demandez-moi autre chose; quoi que ce soit, j'obéirai.
JEAN BAUDRY
Cet emprunt, il est fait?
OLIVIER
11 va l'être. Je vais signer en sortant.
JEAN BAUDRY
Non! Dieu soit loué, tu n'as pas signé! Tu ne signeras pas; je te déciderai. Nous en reparlerons; mais dans ce moment je dois retourner au Havre. Dès que