ACTE DEUXIÈME
CAGNEUX
Je serais curieux d'en connaître un.
ANDRÉE
Son retour! Nous étions à Paris. Les faillis frauduleux s'évadent; mon père, lui, est revenu !
GAGNEUX.
L'autre répondant ?
ANDRÉE
Mon travail. Quand on me verra gagner laborieusement ma bouchée de pain, on ne soupçonnera pas mon père d'avoir été malhonnête pour que sa fille donne des leçons de musique.
GAGNEUX.
Oui, on commence toujours comme ça: je. travaillerai! je gagnerai mon pain! Vous feriez bien d'en donner, des leçons de musique ! Pour courir le cachet, vous n'auriez pas besoin de toutes les dentelles et de tous les bracelets que vous vous êtes achetés avec notre argent.
BRUEL
Monsieur !
GAGNEUX.
Oui, avec notre argent! Et vous devriez avoir honte de porter à vos poignets et à votre cou l'argent qui nous appartient !
BRUEL
Pardonne-moi, Andrée, de t'avoir fait entendre ces paroles; mais, vois-tu, c'est cela, la misère. Tu as
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reçu cet homme dans ton salon, il était poli, bien élevé, il te parlait comme à une jeune fille : tu étais riche. Pour venir chez les riches, les caractères s'habillent de leur mieux, comme on met son meilleur habit; on se brosse, on se gante, on se fait beau. Chez les pauvres, on ne se gêne pas, on vient comme on est, on entre avec ses trous et ses taches, et, quand ce n'est pas aux souliers qu'on a de la boue, c'est à l'âme!
CAGNEUX
Ah! voilà comme vous me payez! votre monnaie est l'insulte! Bien. En avant, la faillite! Une dernière fois, mes dix mille francs?
BRUEL
Je ne les ai pas.
JEAN BAUDRY, entrant.
Les voici.