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ACTE TROISIÈME

ne soit pas Paris, et qu'il faille la grande ville au grand avenir d'Olivier! nous aurions vécu à nous quatre. Mais nous irons te voir souvent, n'est-ce pas, Andrée? — Mon cœur déborde ! J'ai trop de bonheur pour que tout soit à moi, j'ai dû prendre la part des autres.

B RUEL

Pas la mienne, toujours! car j'en ai tout ce que j'en peux porter. Quand je pense à ce que j'étais il y a dix jours, à ma réputation naufragée, à Andrée insultée par ce Cagneux, et que je vois les coups de chapeau qu'on me donne dans les rues, tous mes créanciers satisfaits, Andrée mariée demain à celui que j'aurais souhaité dans le meilleur instant de ma fortune, à l'ami unique, à l'homme parfait...

JEAN BAUDRY

Bruel!

BRUEL

Oui, parfait ! vous l'êtes.

JEAN BAUDRY

Personne ne l'est.

BRUEL

Excepté vous.

JEAN BAUDRY

Personne. Vous me voyez dans mon beau moment. Je suis heureux; alors le bien est facile. Je vous avoue que je suis très bon — dans ce moment.

140 JEAN BAUDRY

Je voudrais bien savoir quand vous ne l'avez pas été!

JEAN BAlJDRY.

Quand j'ai souffert. J'ai eu mes lieures pénibles, et je n'étais pas tel que je suis aujourd'hui. Tout homme a du mal en soi, et nul ne peut dire ce qu'un grand chagrin ferait de lui.

J'y consens, vous êtes un scélérat. Et vous avez volé la part des autres. AIi! s'il y a quelqu'un à qui vous ayez pris de son bonheur, moi, vous m'avez donné du vôtre.

JEAN BAUDRY

Merci. Dites-moi bien tous que vous êtes heureux. Pour l'être, j'ai besoin que tout le monde le soit.

BRUEL

Tout le monde l'est! N'est-ce pas, Andrée?

ANDRÉE

Je suis heureuse. (OUvier va à une table où est la cave et emplit un verre.)

JEAN BAUDRY

C'est comme cela que je m'explique que le bonheur absolu soit si rare. Il y a entre tous les hommes une solidarité dont on ne se rend pas compte, et, quelque félicité qu'on ait, on a encore la souffrance des autres.

(Olivier, qui a vidé son verre, le remplit encore.)

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