ACTE TROISIÈME
n'était pas de lui, mais de sa naissance. 11 ne savait pas lire. Alors, je me dis que c'était un devoir que le hasard mettait sur mon passage. Moi sans enfant, lui sans père, nous nous convenions. Il faut vous dire qu'alors j'étais beaucoup plus vieux que maintenant. Comme j'avais toujours vécu seul, j'étuis très sérieux. Je n'ai pas eu de jeunesse : je vous attendais pour cela. Même avant vous, l'âge m'avait déjà un peu rajeuni. Mais à trente-cinq ans, j'en avais cinquante. L'idée me vint donc de me charger de cet enfant, de l'élever, d'emporter chez moi ce pauvre être malade et d'essayer de le guérir. J'ai toujours pensé qu'un homme n'est quitte envers Dieu qu'après avoir fait pour un autre ce que Dieu a fait pour lui. Dieu m'a donné le bien-être et l'éducation, je les ai rendus à Olivier.
ANDRÉE
Généreuse nature!
JEAN BAUDRY
Il n'a pas été très commode à élever ; ses premières années s'échappaient toujours; mais je ne me suis pas découragé. J'ai réussi! le fond était excellent. Vous le voyez maintenant. A Paris, lorsqu'on le demande dans deux maisons, il va d'abord dans la plus pauvre. Il n'a peur de rien. Vous savez ce qu'il a été dans l'épidémie. Tous les courages ! quelqu'un ayant parlé légèrement de moi devant lui, il s'est battu pour moi. Et une intelligence si rapide ! Il a du talent. Avez-vous lu son livre? Il n'a plus qu'une crise à traverser, mais elle sera redoutable. Quand il aimera, ce sera avec la
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fougue et Temportement de sa nature. C'est alors que je lui serai nécessaire. Je n'aurai vraiment achevé ma tâche qu'après l'avoir marié. Oh! j'y pense souvent. Pauvre Olivier! plus j'ai fait pour lui, plus il me semble que je lui dois. Ah! l'on s'attache bien plus par les services qu'on rend que par ceux qu'on reçoit. Eh bien! oui, je lui suis reconnaissant de ce que j'ai fait pour lui. Votre père me demandait pourquoi je l'aimais tant? vous voyez mon motif. C'est ma création, c'est un homme que j'ai fait, c'est une vertu que j'ai commencée et que je veux finir. Pourquoi je l'aime comme mon fils; parce que c'est mon fils : je suis le père de son âme!
ANDRÉE
Je vous admire ! (EUe lul prend la main et la baise.) JEAN BAUDRY.
A présent que vous savez tout, vous comprenez qu'il est nécessaire qu'il reste. Son départ aujourd'hui, ce serait la séparation éternelle. Vous ne voudrez pas cela, Andrée? Ne fût-ce que par affection pour moi, vous ne voudrez pas me retirer la seule chose douce que j'aie dans mon passé, la satisfaction de ma conscience, la bonne action qui m'accompagne depuis onze ans. Vous vous direz que j'ai besoin de lui, et vous vous direz surtout qu'il a besoin de moi. De nous, car je vous connais assez pour être sûr que vous voudrez vous associer à ma création, et que vous aurez, vous aussi, cette grande ambition de faire une âme! Je vous le dis, je n'aurai complété mon œuvre qu'après lui avoir trouvé une femme. Jusque-