SCÈNE IX
JEAN BAUDRY, ANDRÉE, MADAME GERVAIS, puis OLIVIER.
ANDRÉE
Ma tante! (tlle se jette dans ses bras.)
MADAME GERVAIS, la repoussant.
Ne m'embrasse pas ! Je suis furieuse contre toi.
ANDRÉE
Contre moi?
JEAN BAUDRY, bas à Barenlin.
Olivier, ici, ù l'instant! (Baremin son.)
MADAME GERVAIS
C'est comme ça que tu viens au-devant de ta tante?
ANDRÉE
■ J'y allais.
MADAME GERVAIS
Il est bien temps! Et ton père, il est gentil de me laisser débarquer seule.
Nous croyions que le bateau d'Honfleur n'arrivait qu'à dix heures.
MADAME GERVAIS
Je ne suis pas venue par Honfleur.
ANDRÉE
Mais vous aviez écrit...
MADAME GERVAIS
Oui, mais j'ai cliangé d'avis, lorsqu'on m'a dit que le chemin de fer n'allait pas à Honfleur.
ANDRÉE
Nous ne pouvions prévoir ce changement.
MADAME GERVAIS
C'est à ton père surtout que j'en veux.
ANDRÉE
Mon père, dans ce moment, est sur le quai ù vous attendre inutilement.
MADAME GERVAIS
Tant mieux ! ça lui apprendra à ne pas se trouver à mon arrivée. Et puis, moi, je suis allée à votre ancienne maison, où je n'ai trouvé personne, pas même de portier, puisqu'on n'en a pas au Havre. Ah çà ! pourquoi n'a-t-on pas de portiers au Havre? H me semble que je ne pourrais jamais m'en passer. Je ne sais pas trop à quoi ils servent; mais il faut qu'ils soient bien nécessaires, car ils ont bien des inconvénients. J'ai questionné les voisins, qui m'ont dit que
16i JEAN BAUDRY.
VOUS étiez à Graville, chez monsieur Baudry. Expliquemoi donc pourquoi vous êtes chez monsieur Baudry.
JEAN BAUDRY, s'avançant.
Madame...
MADAME GERVAIS
Ah ! monsieur Baudry. Excusez-moi d'entrer chez vous comme une bourrasque.
JEAN BAUDRY
Madame, vous êtes chez vous.
MADAME GERVAIS
C'est la faute de cette petite fille et de son père, qui n'ont pas jugé convenable de se déranger pour moi et qui me forcent de venir les chercher jusqu'ici.
(Olivier parait à 1« porte.)
JEAN BAUDRY
Madame, monsieur Bruel va revenir; en son absence, permettez-moi de vous présenter le mari de mademoiselle Andrée.
MADAME GERVAIS
Son mari!
JEAN BAUDRY
Oh ! son futur. Entre donc, Olivier.
MADAME GERVAIS
Monsieur Olivier ! (Aiiant à lui.) Je le savais bien, moi, que vous aimiez Andrée!
Ma tante !