‹ Théatre completChapitre 90 sur 176 · BRUEL, ANDRÉE · texte numérisé non relu

BRUEL, ANDRÉE

BRUEL

Eh bien ! qu'est-ce qu'on me dit? que ta tante est venue! Par où donc?

ANDllÉE.

Par Caen.

BRUEL

Et elle m'a fait aller au bateau d'Honfleur ! Elle doit être furieuse contre moi. Où est-elle?

ANDRÉE

Dans sa chambre. Mais n'y allez pas, elle s'est enfermée.

BRUEL

Quand je te le disais! Eh bien, puisqu'elle ne veut pas me voir, je vais me sécher dans mon lit. Bonsoir, Andrée. Bonsoir, mademoiselle.

ANDRÉE

Bonsoir, mon père.

BRUEL

Méchante fille, tu vas donc quitter le nom de ton père! Tiens, je suis très content. Bonsoir, mademoiselle. Bonjour, madame. Madame Baudry ! N'importe, tu seras toujours ma fille, n'est-ce pas?

ANDRÉE

Mon père!

172 JEAN BAUDRY

BRUEL

Tu ne te repens pas d'avoir consenti?

ANDRÉE

Pourquoi me demandez-vous cela?

BRDEL.

C'est vrai, je suis absurde! c'est Baudry qui tout à riieure m'a mis dans la tête je ne sais quelle inquiétude ; et alors je me tourmente pour des choses auxquelles je n'avais pas fait attention. Ainsi, depuis quelques jours, tu es sérieuse. Il est naturel qu'au moment de te marier tu sois plus grave, mais c'est plus que de la gravité. Tu es, par instants, comme si tu avais quelque chose sur le cœur que tu ne dis pas, comme si tu nous reprochais ta bonté. Tiens, tu vas dire que c'est de la puérilité, mais autrefois tu me tutoyais. Même, à Paris, quand tu m'as appris la mauvaise nouvelle, tu as eu un mouvement touchant, tu t'es refaite enfant comme pour m'appartenir davantage, tu m'as appelé : papa! Et depuis le jour où, pour me sauver, tu as accepté d'être la femme de Baudry, je ne sais pas si tu t'aperçois que tu ne me tutoies plus,

ANDRÉE

Mais si ! je vous tutoie, mon père.

BRUEL

Tu vois! Tu ne t'en aperçois pas. Et tu me dis solennellement: mon père! Auparavant tu me disais: père! Je ne sais pas si c'est parce que c'est plus court,

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