‹ Théatre complet. Avec des remarques littéraires et un choix de notes classiquesChapitre 102 sur 459 · ACTE IV. I8S · texte numérisé non relu

ACTE IV. I8S

Demande une victime à moi seule adressée; Qu'Ilermione est le prix d'un tyran opprimé; Que je le hais; enfin, seigneur, que je l'aimai î Je ne m'en cache point : l'ingrat m'avoit su plaire « Boit qu'ainsi l'ordonnât mon amour ou mon père. N'importe; mais enfin réglez-vous là-dessus. Malgré mes vœux , seigneur, honteusement déçus , Malgré la juste horreur que son crime me donne. Tant qu'il vivra, craignez que je ne lui pardonne. Doutez jusqu'à sa mort d'un courroux incertain : S'il De meurt aujourd'hui , je puis l'aimer demain.

ORESTE

Eh bien, il faut le perdre , et prévenir sa gr&ce; Il faut... Mais cependant que faut-il que je fasse? Comment puis-je sitôt servir votre courroux? Quel chemin jusqu'à lui peut conduire mes coups? A peine suis-je encore arrivé dans l'Épire, Vous voulez par mes mains renverser un empire; Vous voulez qu'un roi meure ; et pour son châtiment Vous ne donnez qu'un jour, qu'une heure, qu'un moment; Aux yeux de tout son peuple il faut que je l'opprime. Laissez-moi vers l'autel conduire ma victime , Je ne m'en défends plus; et je ne veux qu'aller Reconnoître la place où je dois l'immoler : Cette nuit je vous sers, cette nuit je l'attaque.

HERUIONE.

Mais cependant, ce jour, il épouse Andromaque} Dans le temple déjà le trône est élevé , Ma honte est confirmée , et son crime achevé. Enfin qu'attendez-vous? 11 vous offre sa tête : Sans gardes, sans défense, il marche à cette f<}te; Autour du fils d'Hector il les fait tous ranger ; ]1 s'abandonne au bras qui me voudra venger. Voulez-vous malgré lui prendre soin de sa vie? Armez, avec vos Grecs, tous ceux qui m'ont suiviei Soulevez vos amis; tous les miens sont à vous : n me trahit, vous trompe, et nous méprise tous. Mais quoi ! déjà leur haine est égale à la mienne } Elle épargne à regret l'époux d'une Troyenne. Parlez : mon ennemi ne vous peut échapper. Ou plutôt il ne faut que les laisser frinper. Conduisez od suivez une ''ui^ui si t)eile i

»«6 ANDROMAQUB.

Revener tout couvert du sang de l'infidèle; Allez : en cet état soyez sûr de mon cœur.

ORESTB.

Mais, madame, songez...

HERUIONB.

Ah ! c'en est trop , seigneur :

Tant de raisonnements oiTensent ma colère. J'ai voulu vous donner un moyen de me plaire, Rendre Oreste content ; mais enfin Je vois bien Qu'il veut toujours se plaindre, et ne mériter rien. Partez : allez ailleurs vanter votre constance , Et me laissez ici le soin de ma vengeance. De mes lâches bontés mon courage est confus; Et c'est trop en un Jour essuyer de refus. Je m'en vais seule au temple où leur hymen s'apprête. Où vous n'osez aller mériter ma conquête : Là, de mon ennemi Je saurai m'approcher; Je percerai le cœur que Je n'ai pu toucher; Et mes sanglantes mains, sur moi-même tournées. Aussitôt, malgré lui, joindront nos destinées; Et, tout ingrat qu'il est, il me sera plus doux De mourir avec lui que de vivre avec vous.

Non, Je vous priverai de ce plaisir funeste. Madame : il ne mourra que de la main d'Oreste. Vos ennemis par moi vont vous être immolés , Et vous reconnoltrez mes soins, si vous voulez.

HERIIIONE.

Allez. De votre sort laissez-moi la conduite ,

Et que tous vos vaisseaux soient prêts pour notre fuite.

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