‹ Théatre complet. Avec des remarques littéraires et un choix de notes classiquesChapitre 145 sur 459 · SCÈNE III · texte numérisé non relu

SCÈNE III

DANDIN, LÉANDRE, L'INTIMÉ etPETIT-JEAN en robe; LE SOUFFLEUR.

DANDIN

Çà, qu'êtes-vous ici?

LÉANDRE

Ce sont les avocats.

DANDIN, au Bouilleur.

Vous?

LE SOUFFLEUR

Je viens secourir leur mémoire troublée.

DANDIN

Je vous entends. Et vous?

LÉANDRE

Moi ? Je suis l'assemblée

DANDIN

Commencez donc.

LE SOUFFLEUR

Messieurs.

PETIT-JEAN

Oh ! prenez-le plus bas t Si vous souCQez si haut , l'on ne m'entendra pas. Messieurs...

Couvrez-vous.

PETIT-JEAN

Oh! mes...

DANDIN

Couvrez-vous, vous dis-je.

PKTIT-JBAN.

Oh ! monsieur ! Je sais bien à quoi l'honneur m'oblige.

DANDIN

Ne te couvre donc pas.

PETIT-JEAN, se eonvrant.

(Au louiHear.) Messieurs... Vous, doucement} Ce que Je sais le mieux , c'est mon commencement.

ACTB III. m

Mossienrs, quand je regarde avec exactitude LMncoQStance du monde et sa vicissitude ; Lorsque je vois, parmi tant d'hommes différents. Pas «ne étoile fixe, et tant d'astres errants; Quand je vois les Césars, quand je vois leur fortune Quand je vois le soleil, et quand je vois la lune;

(Babyloniens.) Quand je vois les États des Babiboniens

(Persans.) (Macédoniens.)

Transférés des Serpents aux Nacédoniens;

(Romains.) (Despotique.)

Quand je vois les Lorrains , de l'état dépotique,

(Démocratique.) Passer au démocrite, et puis au monarchique; Quand je vois le Japon...

l'intimé.

Quand aura-t-il tout tuî

PETIT-JEAN

Oh! pourquoi celui-là m'a-t-il interrompu? Je ne dirai plus rien.

DANDIN

Avocat incommode, Que ne lui laissiez-vous finir sa période? Je suois sang et eau , pour voir si du Japon Il viendroit à bon port au fait de son chapon; Et vouo l'interrompez par un discours frivole. Parlez donc, avocat.

PETIT-JEAN

J'ai perdu la parole.

LéANDRE.

Achève , Petit-Jean : c'est fort bien débuté. Mais que font là tes bras pendants à ton côtéî Te voilà sur tes pieds droit comme une statue, dégourdis-toi. Courage; allons, qu'on s'évertue.

PETIT-JEAN, remuant les bras.

Quand.... je vois... Quand... je vois...

LÉANDRE

Dis donc ce que ta voit.

PETIT-JKAN.

Oh dame! on ne court pas deux lièvres à la fois.

Ll 40DFFLEDR.

Ou lit .

as* LES PLAIOBURS.

PETIT-JEAN

Ou lit...

LE SOOFFLKOn.

Dans la...

PETIT-JEAN

Dans la...

LE SOUFFLEUR

Métamorphose...

PETIT-JEAN

Comment?

LE SOUFFLEUR

'Que la métem...

PETIT-JEAN

Que la métem...

LE SOUFFLEUR

Psycose...

PETIT-JEAN

Psycose...

LE SOUFFLEUR

Hé ! le cheval !

PETIT-JEAN

Et le cheval...

LE SOUFFLEUR

£ncorl

PETIT-JEAN

Encor...

LE SOUFFLEUR

Le chien !

PETIT-JEAN

Le chien...

LE SOUFFLEUR

Le butor I

PETIT-JEAN

Le butor.M

LE SOUFFLEUR. '

Peste de l'avocat !

PETIT-JEAN

Ah ! peste de toi-même 1 Voyez cet autre avec sa face de carême I Va-t'en au diable.

Et vous, venez au fait. Un mot

ACTB II. Ut

Du fait.

PETIT-JEA».

Eh! faut-il tant tourner autour du pot? Ils me lont dire aussi des mots longs d'une toise. De grands mots qui tiendroient d'ici jusqu'à Pontoise, Pour moi , je ne sais point tant faire de façon Pour dire qu'un matin vient de prendre un chapon. Tant y a qu'il n'est rien que votre chien ne prenne ; Qu'il a mangé là-bas un bon chapon du Maine; Que la première fois que je l'y trouverai. Son procès est tout fait, et je l'assommerai.

LÉANDRB.

Belle conclusion , et digne de l'exordel

PKTIT-JBAN.

On l'entend bien toujours. Qui voudra mordre j Tnorde<

DAIIDIII.

Appelez les témoins.

LÉANDRB.

(Test bien dit, s'il le peut»

Les témoins sont fort chers, et n'en a pas qui vent.

PKTIT-JBAN.

Nous en avons pourtant, et qui sont sans reprocha

DANDIN

Faites-les donc venir.

Je les ai dans ma poche.

Tenez : voilà la tête et les pieds du cbapont Voyez-les, et Jugez.

l'intibé.

3e les récuse.

DANDIN

Boni Pourquoi les récuser?

l'intihé.

Monsieur, ils sont du Maine.

DANDIN

n est vrai que du Mans il en vient par douzaine. l'intima.

Messieurs...

DANDIlf.

Serez-TODB long, avocat? dites-moL

tM LES PLAIDEURS.

L'iHTIMâ.

Je ne réponds de rien.

DANDIN

Il est de bonne foi.

l'intimé, d'un ton finissant en fausset. Messieurs, tout ce qui peut étonner un coupable. Tout ce que les mortels ont de plus redoutable, Semble s'être assemblé contre nous par hasar, Je veux dire la brigue et l'éloquence. Car, D'un côté, le crédit du défunt m'épouvante; Et, de l'autre côté, l'éloquence éclatante De maître Petit-Jean m' éblouit.

Avocat, De votre ton vous-même adoucissez l'éclat.

L'iNTlMB.

(D'un ton ordinaire.) (Du bean ton.)

Oui-dà, j'en ai plusieurs... Mais quelque défiance Que nous doive donner la susdite éloquence , Et le susdit crédit; ce néanmoins, messieurs. L'ancre de vos bontés nous rassure. D'ailleurs, Devant le grand Dandin l'innocence est hardie; Oui , devant ce Caton de Basse-Normandie , Ce soleil d'équité qui n'est jamais terni : Victrix cotisa diis placuit, sed vida Catom.

DAN DIN

Vraiment, il plaide bien.

l'intimé.

Sans craindre aucune chosaj Je prends donc la parole, et je viens à ma cause. Aristote , primo, péri Politicon, Dit fort bien...

DANDIN

Avocat, il s'agit d'un chapon, Et non point d' Aristote et de sa politique.

l'intimé.

Oui; mais l'autorité du Péripatétique Prouveroit que le bien et le mal...

DANDIN

Je prêtons Qu' Aristote n'a point d'autorité céans.

Au fait...

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