‹ Théatre complet. Avec des remarques littéraires et un choix de notes classiquesChapitre 155 sur 459 · ACTE PHEMIBR. tSB · texte numérisé non relu

ACTE PHEMIBR. tSB

Vous le dirai-Je enfin? Rome le justifie. Rome, à trois affranchis si longtemps asservie, A peine respirant du joug qu'elle a porté, Du règne de Néron compte sa liberté.

Que dis-je? la vertu semble même renaître. Tout l'empire n'est plus la dépouille d'un maître; Le peuple au champ de Mars nomme ses magistrats; César nomme les chefs sur la foi des soldats ; rhraséas au sénat, Corbulon dans l'armée, Sont encore innocents, malgré leur renommée; Les déserts , autrefois peuplés de sénateurs , Ne sont plus habités que par leurs délateurs. Qu'importe que César continue à nous croire , Pourvu que nos conseils ne tendent qu'à sa gloire; Pourvu que dans le cour» d'un règne florissant Rome soit toujours libre, et César tout-puissant 7 Mais , madame , Néron sufiit pour se conduire. J'obéis, sans prétendre à l'honneur de l'instruire. Sur ses aieux, sans doute, il n'a qu'à se régler; Pour bien faire, Néron n'a qn'h se ressembler. Heureux si ses vertus, l'une à l'autre enchaînées. Ramènent tous les ans ses premières années?

AGRIPPINB.

Ainsi, sur l'avenir n'osant vous assurer, Vous croyez que sans vous Néron va s'égarer. Mais vous qui , jusqu'ici content de votre ouvrage» Venez de ses vertus nous rendre témoignage. Expliquez-nous pourquoi , devenu ravisseur, Néron de Silanus fait enlever la soeur? Ne tient-il qu'à marquer de cette ignominie Le sang de mes aïeux qui brille dans Junie? De quoi l'accuse-t-il ? Et par quel attentat Devient-elle en un jour criminelle d'État : Elle qui, tàns orgueil jusqu'alors élevée, N'auroit point vu Néron, s'il ne l'eût enlevée; Et qui même auroit mis au rang de ses bienfaits L'heureuse liberté de ne le voir jamais?

BVIIRUUS.

Je sai^5 que d'aucun crime elle n'est soupçonnée; Mais jusqu'ici César ne l'a point condamnée. Madame. Aucun objet ne blesse ici ses yeux : Elle est dans un palais tout plein de ses aïeux.

Ï50 BRITANNICUS

Vous savez que les droits qu'elle porte avec elle Peuvent de son époux faire un prince rebella; Que le sang de César ne se doit allier Qu'à ceux à qui César le veut bien confier ; Kt vous-même avouerez qu'il ne seroit pas juste Qu'on disposât sans lui de la nièce d'Auguste.

AGRIPPINF.

Je vous entends : Néron m'apprend par votre voix

Qu'en vain Britannicus s'assure sur mon choix.

En vain , pour détourner ses yeux de sa misère

J'ai flatté son amour d'un hymen qu'il espère :

A ma confusion, Néron veut faire voir

Qu'Agrippiae promet par delà son pouvoir.

Rome de ma faveur est trop préoccupée :

Il veut par cet affront qu'elle soit détrompée,

Et que tout l'univers appienne avec terreur

A ne confondre plus mon fils et l'empereur.

Il le peut. Toutefois j'ose encore lui dire

Qu'il doit avant ce coup affermir son empire;

Et qu'en me réduisant à la nécessité

D'éprouver contre lui ma foible autorité,

11 expose la sienne; et que dans la balance

Mon nom peut-être aura plus de poids qu'il ne pease.

BU R RU us.

Quoi , madame ! toujours soupçonner son respect ! Ne peut-il faire un pas qui ne vous soit suspect? L'empereur vous croit-il du parti de Junle? Avec Britannicus vous croit-il réunie?

Quoi ! de vos ennemis devenez-vous l'appui Pour trouver un prétexte à vous plaindre de lui ? Sur le moindre discours qu'on pourra vous redire, Serez-vous toujours prête à partager l'empire? Vous craindrez-vous saus cesse; et vos embrassementi Ne se passeront-ils qu'en éclaircissements ? Ah! quittez d'un censeur la triste diligence; D'une mère facile affectez l'indulgence; Souffrez quelques froideurs sans les faire éclater; Et n'avertissez point la cour de vous quitter.

AGRIPPINE

F,t qui s'honoreroit de l'appui d'Agrippine, Lorsque Néron lui-même annonce ma ruine, Lorsque de sa présence il seniblo me bannir.

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