NÉRON, AGRIPPINE, BURRHUS, NARCISSE
NÉRON, voyant Agrippine.
Dieux !
AGRIPPINE
Arrêtez, Néron : j'ai deux mots à vous dire Britannicus est mort : je reconnois les coups; Je connois l'assassin.
NÉRON
Et qui , madame T
1. At quibns altlor intellectus, resistunt deflxi, et Neronem ia MDtes. (Tacitb, Annales, I. XIII.)
ACTB V. 301
AGRIPPINB.
Vous.
NÉRON
Moi ' Voilà les soupçons dont vous êtes capable. Il n'est point de malheur dont je ne sois coupable. Et, si l'on veut, madame, écouter vos discours. Ma main de Claude même aura tranché les jourt. Son fils vous étoit cher, sa mort peut vous confondrfBj Mais des coups du destin je ne puis pas répondre.
AGRIPPINB.
Non, non, Britannicus est mort empoisonné; Narcisse a Tait le coup, ^ous l'avez ordonné.
NÉRON
Madame!... Mais qui peut vous tenir ce langage?
NARCISSE
Hé, seigneur! ce soupçon vous fait-il tant d'outrage î
Britannicus, madame, eut des desseins secrets
Qui vous auroient coûté de plus justes regrets:
Il aspiroit plus loin qu'à l'hymen de Junie;
De vos propres bontés il vous auroit punie.
Il vous trompoit vous-même ; et son cœur offensé
Prétendoit tôt ou tard rappeler le passé.
Soit donc que malgré vous le sort vous ait servie,
Soit qu'instruit des complots qui menaçoient sa vie,
Sur ma fidélité César s'en soit remis.
Laissez les pleurs, madame, à vos seuls ennemis;
Qu'ils mettent ce malheur au rang des plus sinistres;
Mais vous...
AGRIPPINB.
Poursuis, Néron : avec de tels ministret Par des faits glorieux tu te vas signaler; Poursuis. Tu n'as pas fait ce pas pour reculer : Ta main a commencé par le sang de ton frère; Je prévois que tes coups viendront jusqu'à ta mère. Dans le fond de ton cœur je sais que tu me hais; Tu voudras l'affranchir du joug de mes bienfaits. Mais je veux que ma mort le soit môme inutile : Ne crois pas qu'en mourant je te laisse tranquille Rome, ce ciel, ce jour que tu reçus de moi, Partout, à tout moment, m'offriront devant toi. Tes remords te suivront comme autant de furies; Tu croiras les calmer par d'autres barbaries;
Me BRITANNICUS.
Ta fureur, s'irritant soi-même dans son cours,
D'un sang toujours nouveau marquera tous tes jours.
Mais j'espère qu'enfin le ciel, las de tes crimes.
Ajoutera ta perte à tant d'autres victimes ;
Qu'après t'être couvert de leur sang et du mien ,
Tu te verras forcé de répandre le tien ;
Et ton nomparoîtra, dans la race future.
Aux plus cruels tyrans une cruelle injure *.
Voilà ce que mon cœur se présage de toi.
Adieu : tu peux sortir.
NÉRON
Narcisse, suivez-moi.