‹ Théatre complet. Avec des remarques littéraires et un choix de notes classiquesChapitre 201 sur 459 · ACTE III. sn · texte numérisé non relu

ACTE III. sn

Les dépouilles des Juifs par vos mains arrachées. Je n'attends pas de vous de ces sanglants exploits. Et Je veux seulement emprunter votre voix. Je sais que Bérénice, à vos soins redevable. Croit posséder en vous un ami véritable : Elle ne voit dans Rome et n'écoute que vous ; Vous ne faites qu'un cœur et qu'une &me avec nous. Au nom d'une amitié si constante et si belle , Employez le pouvoir que vous avez sur elle : Voyez-la de ma paru <

ANTIOCIIUS.

Edoi , puroitre à ses yeux !

La reine, pour Jamais, a reçu mes adieux.

TITUS

Prince, il faut que pour moi vous lui parliez encore.

ANTIOCHDS.

Ah ! parlez-lui , seigneur. La reine vous adore : Pourquoi vous dérober vous-même en ce moment Le plaisir de lui faire un aveu si charmant? Elle l'attend , seigneur, avec impatience. Je réponds , en partant , de son obéissance ; Et même elle m'a dit que, prêt à l'épouser. Vous ne la verrez plus que pour l'y disposer.

TITUS

Ah! qu'un aveu si doux auroit lieu de me plaire! Que Je serois heureux, si J'avois à le faire 1 Mes transports aujourd'hui s'attendoient d'éclater; Cependant aujourd'hui , prince, il faut la quitter.

AKTiocncs.

La quitter! Vous, seigneur?

TITDS.

Telle est ma destinée r Pour elle et pour Titus il n'est plus d'hyménée. D'un espoir si charmant je me flattois en vain : Prince , il faut avec vous qu'elle parte demain.

ANTIOCHOS.

Qu'entends-Je? O ciel !

Plaignez ma grandeur importuae t Matlre de l'univers. Je règle sa fortune; Je puis faire les rois. Je puis les déposer; Cependant de mon cœur je ne puis disposer ;

838 BËRÉNICB.

Rome, contre les rois de tout temps soulevée, Dédaigne une beauté dans la pourpre élevée : L'éclat du diadème , et cent rois pour a!eux , Déshonorent ma flamme , et blessent tous les yeux. Mon cœur, libre d'ailleurs, sans craindre les murmure». Peut brûler & son choix dans des flammes obscures ; Et Rome avec plaisir recevroit de ma main La moins digne beauté qu'elle cache en son sein. Jules céda lui-même au torrent qui m'entraîne. M le peuple demain ne voit partir la reine , Demain elle entendra ce peuple furieux Me venir demander son départ à ses yeux. Sauvons de cet affront mon nom et sa mémoire ; Et, puisqu'il faut céder, cédons à notre gloire. Ma bouche et mes regards, muets depuis huit jours. L'auront pu préparer à ce triste discours : Et même en ce moment, inquiète, empressée. Elle veut qu'à ses yeux j'explique ma pensée. D'un amant interdit soulagez le tourment : Épargnez à mon cœur cet éclaircissement. Allez, expliquez-lui mon trouble et mon silence; Surtout, qu'elle me laisse éviter sa présence : Soyez le seul témoin de ses pleurs et des miens ; Portez-lui mes adieux , et recevez les siens. Fuyons tous deux, fuyons un spectacle funeste Qui de notre constance accableroit le reste. Si l'espoir de régner et de vivre en mon cœur Peut de son infortune adoucir la rigueur. Ah, prince! Jurez-lui que, toujours trop fidèle, Gémissant dans ma cour, et plus exilé qii'ellc , Portant jusqu'au tombeau le nom de son amant. Mon règne ne sera qu'un long bannissement, Si le ciel, non content de me l'avoir ravie. Veut encor m'affliger par une longue vie. Vous , que l'amitié seule attache sur ses pas , Prince, dans son malheur ne l'abandonnez pas : Que l'Orient vous voie arriver à sa suite ; Que ce soit un triomphe, et non paô une fuite; Qu'une amitié si belle ait d'éternels liens; Que mon nom soit toujours dans tous vos entretien». 'Pour rendre vos États plus voisins l'un de l'autre, L'Euphrate bornera son empire et le vôtre.

A.CTB III. SS9

Je sais que le sénat , tout plein de TOtî« iiom , D'une commune voix confirmera ce don.

Je joins la Cilicie à votre Comagène. „^ Adieu. Ne quittei point ma princesse, ma reins. Tout ce qui de mon cœur fut l'unique désir, Tout ce que j'aimerai jusqu'au dernier soupir.

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