‹ Théatre complet. Avec des remarques littéraires et un choix de notes classiquesChapitre 203 sur 459 · BÉRÉNICE, ANTIOCHUS, ARSACE, PHÉNICE · texte numérisé non relu

BÉRÉNICE, ANTIOCHUS, ARSACE, PHÉNICE

Hé quoi, seigneur ! vous n'êtes point parti!

ANTiOCHDS.

Madame , je vois bien que vous êtes déçue , Et que c'étoit César que cherchoit votre vue. Mais n'accusez que lui, si, ma'gré mes adieux. De ma présence encor J'importune vos yeux. Peut-être en ce moment je serois dans Ostie , S'il ne m'eût do sa cour défendu la sortie.

Ui BËRÉNICB.

BÉRÉNICE

Il VOUS cherche vous seul. Il nous évite tous.

ANTiocnus.

Il ne m*a retenu que pour parler de vous.

BÉRÉNICE

De moi , prince T

ANTIOCHOS.

Oui, madame.

BÉRÉNICE

Et qu'a-t-il pu tous

ANTIOCRUS.

Mille autres mieux que moi pourront vous en instruire.

RÉRÉNICE.

Quoi, seigneur!...

ANTIOCHUS

Suspendez votre ressentiment.

D'autres , loin de se taire en ce même moment , Triompheroient peut-être, et, pleins de confiance, Céderoient avec joie à votre impatience ; Mais moi, toujours tremt)iant, moi, vous le savez bien, A qui votre repos est plus cher que le mien , Pour ne le point troubler, j'aime mieux vous déplaire. Et crains votre douleur plus que votre colère. Avant la fin du jour vous me justifierez. Adieu, madame.

BÉRÉNICE

O ciel ! quel discours ! Demeurez.

Prince , c'est trop cacher mon trouble à votre vue : Vous voyez devant vous une reine éperdue , Qui , la mort dans le sein , vous demande deux mets- Vous craignez , dites-vous , de troubler mon repos ; Et vos refus cruels, loin d'épargner ma peine, Excitent ma douleur, ma colère, ma haine. Seigneur, si mon repos vous est si précieux , Si moi-môme jamais je fus chère à vos yeux, Éclairclsses le trouble où vous voyez mon ^me ! Que vous a dit Titus?

ANTIOCHOS.

Au nom des dieux , madame.»

BÉRÉNICE

Quoi! vous craignez si peu de me désobéir I

▲CTB IIL MX

ANTIOCHCS

Je n'ai qu'à toqs parler pour me faire haïr.

BÉRéniCE.

Je veux que vous parliez.

AIfTIOCHDS.

Dieux ! quelle violence i Uadame , encore un coup , tous louerez mon silence.

BÉRÉNICE

Prince, dès ce moment contentez mes souhaits, Ou soyez de ma haine assuré pour Jamais.

ANTIOCHCS.

Madame, après cela, je ne puis plus me taire. Hé bien , vous le voulez , il faut vous satisfaire. Mais ne vous flattez point : Je vais vous annoncer Peut-être des malheurs où vous n'osez penser. Je connois votre cœur : vous devez vous attendre Que je le vais frapper par l'endroit le plus tendre. Titus m'a commandé...

BéRÉNIGE.

Quoi î

ÀRTIOGHCS.

De vous déclarer Qu'à jamais Tan de l'autre il faut vous séparer.

BÉnéNICB.

Nous séparer 1 Qui 7 Moi 7 Titus de Bérénice?

ANTIOCHUS

Il faut que devant vous Je lui rende Justice : Tout ce que , dans un cœur sensible et généreux , L'amour au désespoir peut rassembler d'affreux. Je l'ai vu dans le sien. Il pleure , il vous adore. Mais enfin que lui sert de vous aimer encore? Une reine est suspecte à l'empire romain, n faut vous séparer, et vous partez demain.

BéRÉNICB.

Nous séparer! Hélas, Phénice!

PHÉniCB.

Hé bien , madains , Il faut ici montrer la grand sur de votre àme. Ce coup sans doute est rude ; il doit vous étonner.

BÉRÉNICE

Après tant de serments, Titus m'abandonner! Titus qui mejuroit... Non, je ne le pois croire*

tu BÉRÊNICB.

Il ne me quitte point, il y va de sa gloire. Contre son innocence on veut me prévenir. Ce piège n'est tendu que pour nous désunir Titus m'aime , Titus ne veut point que je meure, liions le voir : Je veux lui parler tout à l'heure. iUuns.

ANTIOCHDS.

Quoi I TOUS pourriez ici me regarder...

BÉRÉNICE

Vous le souhaitez trop pour me persuader.

Nc;::, J3 ne vous crois point. Mais, quoi qu'il en puisse éXi%

Pour jamais à mes yeux gardez-vous de paroltre.

(A Fhéaice.) Ne m'abandonne point dans l'état où je suis. Hélas ! pour me tromper je fais ce que je puis.

Page 1