SCÈNE IV
ANTIOCHUS, ARSACE
ANTIOCHUS
Hé bien ! voilà l'espoir que tu m'avois rendu 1
Et tu vois le triomphe où j'étois attendu!
Bérénice partoit justement irritée!
Pour ne la plus revoir, Titus l'avoit quittée !
Qu'ai-je donc fait, grands dieux? Quel coars infortané
A ma funeste vie aviez-vous destiné?
Tous mes moments ne sont qu'un éternel passage
De la crainte à l'espoir, de l'espoir à la rage.
ACTB ▼. tS)
Et Je respire encor! Bérénice! Titus I
Dieux cruels! de mes pleurs vous ne tous rirez pms.
TITUS, BÉRÉNICE, PHÉNICE
BÉRÉNICE
Non , Je n'écoute rien. Me voilà résolue : Je veux partir. Pourquoi vous montrer à ma vue T Pourquoi venir encore aigrir mon désespoir? N'êtes-vous pas content? Je ne veux plus vous voir.
TITUS
liais, de gr&ce, écoutez.
BÉRÉNICB.
Il c'est plus temps.
TITUS
Madame, Un mot.
BÉBÉNICB.
Non.
TITOS.
Dans quel trouble elle jette mon àmel Ma princesse, d'où vient ce changement soudain?
BÉRÉNICE
Cen est fait. Vous voulez que je parte demain; Et moi, j'ai résolu de partir tout à l'heure : Et je pars.
TITUS
Demeurez.
BÉRÉNICB.
Ingrat! que Je demeure!
Et pourquoi? Pour entendre un peuple injurieux Qui fait de mon malheur retentir tous ces lieux? Ne l'entendez-vous pas cette cruelle joie, Tandis que dans les pleurs moi seule je me noie? Quel crime, quelle offense, a pu les animer? Hélas! et qu'ai-je fait que de vous trop aimer?
TITUS
Écoutez-vous, madame, une foule insensée?
BÉRÉNICE
Je ne vois rien ici dont je ne sois blessée. Tout cet appartement préparé par vos soioB»
358 BÊRÉNICB.
Ces lieux, de mon amour si longtemps les témoins, Qui sembloient pour jamais me répondre du vôti -•, Ces festons, où nos noms enlacés l'un dans l'auiro A mes tristes regards viennent partout s'offrir, Sont autant d'imposteurs que Je ne puis souffrir. Allons, Phénice.
TITUS
0 ciel! que vous êtes injuste 1
BÉRÉNICE
Retournez , retournez vers ce sénat auguste Qui vient vous applaudir de votre cruauté. Hé bien ! avec plaisir l'avez-vous écouté? Êtes-vous pleinement content de votre gloire? Avez-vous bien promis d'oublier ma mémoire? Mais ce n'est pas assez expier vos amours : Avez-vous bien promis de me haïr toujours?
TITCS.
Non, Je n'ai rien promis. Moi, que Je vous haïsse! Que je puisse Jamais oublier Bérénice I Ah dieux! dans quel moment son injuste rigueur De ce cruel soupçon vient affliger mon cœur! Connoissez-moi , madame; et, depuis cinq années, .Comptez tous les moments et toutes les journées Où, par plus de transports et par plus de soupirs, Je vous ai de mon cœur exprimé les désirs : Ce jour surpasse tout. Jamais, je le confesse ^ Vous ne fûtes aimée avec tant de tendresse; Et jamais...
BénéNICE.
Vous m'aimez, vous me le soutenez; Et cependant Je pars, et vous me l'ordonnez I Quoi! dans mon désespoir trouvez-vous tant de charmes Craignez-vous que mes yeux versent trop pea de lannetf Que me sert de ce cœur l'inutile retour? Ah, cruel! par pitié, montrez-moi moins d'amours Ne me rappelez point une trop chère idée. Et laissez-moi du moins partir persuadée Que, déjà de votre âme exilée en secret, l'abandonne un ingrat qui me perd sans regret.
(Titas lit une lettre.) Vous m'avez arraché ce que je viens d'écrire. Voilà de votre amour tout ce aue ie désire :
A.GTB V n»
Usez, ingrat, lisez, et me laissez sortir.
TITUS
Vous ne sortirez point, je n'y pois consentir. Quoi! ce départ n'est donc qu'un cruel stratagème! Vous cherchez à mourir I et de tout ce que j'aime D ne restera plus qu'un triste souvenir ! f}u'on cherche Antiochus; qu'on le fasse venir. CBéréuiee m laÏMa tomber inr on siège.)