BAJAZET, ATALIDE, ZAÏRE
C'en est fait, j'ai parlé, vous êtes obéie.
Vous n'avez plus, madame, à craindre pour ma vie;
Et je serois heureux, si la foi , si l'honneur,
Ne me reprochoient point mon injuste bonheur;
Si mon cœur, dont le trouble en secret me condamne,
Pouvoit me pardonner aussi bien que Roxane.
Mais enfin je me vois les armes à la main ;
Je suis libre; et je puis contre un frère inhumain ,
Non plu» par un silence aidé de votre adresse.
Disputer en ces lieux le cœur de sa maîtresse.
Mais par de vrais combats, par de nobles dangers,
Moi-même le cherchant aux climats étrangers,
Lui disputer les cœurs du peuple et de l'armée,
El pour juge entre nous prendre la renommée.
Que voivje? Qu'avez-vous? Vous pleurez * !
ATALIDE
Non, seigneur!
Je ne murmure point contre votre bonheur : le ciel, le juste ciel vous devoit ce miracle. \ ous savez si jamais j'y formai quelque obstacle : Tant que j'ai respiré, vos yeux me sont témoins Que votre seul péril occupoit tous mes soins;
1, Voilà le germe du Zaïre, vous pleurez. La situation est plus vive dacs Zaïre : le mot est mieux placé. (Gbofphot.)
4M BAJAZET
Et puisqu'il ne pouvoit finir qu'avec ma rie, C'est sans regret aussi que je la sacrifie. Il est vrai, si le ciel eût écouté mes vœux , Qu'il pouvoit m'accorder un trépas plus heureux : Vous n'en auriez pas moins épousé ma rivale; Vous pouviez l'assurer de la foi conjugale; Mais vous n'auriez pas Joint à ce titre d'époux Tous ces gages d'amour qu'elle a reçus de von? Roxane s'estimoit assez récompensée : Et j'aurois en mourant cette douce pensée, Que, vous ayant moi-même imposé cette loi. Je vous ai vêts Roxane envoyé plein de moi; Qu'emportant chez les morts toute votre tendresse. Ce n'est point un amant en vous qug je lui laisse.
BAJAZBT.
Que parlez-vous, madame, et d'époux et d'amant? O ciel! de ce discours quel est le fondement? Qui peut vous avoir fait ce récit infidèle? Moi, J'aimerois Roxane, ou je vivrois pour elle. Madame! Ah! croyez-vous que, loin de le penser. Ma bouche seulement eût pu le prononcer? Mais l'un ni l'autre enfin n'étoit point nécessaire : La sultane a suivi son penchant ordinaire; Et, soit qu'elle ait d'abord expliqué mon retour Comme un gage certain qui marquoit mon amonr; Soit que le temps trop cher la pressât de se rendre , A peine ai-je parlé , que , sans presque m'entendre. Ses pleurs précipités ont coupé mes discours: Elle met dans ma main sa fortune, ses jours, Et, se fiant enfin à ma reconnoissance , D'un hymen infaillible a formé l'espérance. Moi-môme, rougissant de sa crédulité.
Et d'un amour si tendre et si peu mérité. Dans ma confusion, que Roxane, madame, Attrîbuoit encore à l'excès de ma flamme , Je me trouvois barbare, injuste, criminel. Croyez qu'il m'a fallu, dans ce moment cruel. Pour garder jusqu'au bout un silence perfide. Rappeler tout l'amour que j'ai pour Atalide. Cependant, quand je viens, après de tels efTorts, Chercher quelque secours contre tous mes remords , Vous-même contre moi je vous vois, irritée,