‹ Théatre complet. Avec des remarques littéraires et un choix de notes classiquesChapitre 25 sur 459 · JOCASTE, ÉTÉOCLE, ANTIGONE, CRÉON · texte numérisé non relu

JOCASTE, ÉTÉOCLE, ANTIGONE, CRÉON

J0CA5TE

Mon fils, c'est donc ainsi que l'on garde sa foi?

ÉTÉOCLE

Madame , ce combat n'est point venu de moi,

Mais de quelques soldats, tant d'Argos que des nôtres,

Qui , s'étant querellés les uns avec les autres ,

M LES FRËRHS ENNEMIS.

Ont insensiblement tout le corps ébranlé ,

Et fait un grand combat d'un simple démêlé.

La bataille sans doute alloit ctre cruelle ,

Et son événement vidoit notre querelle , r.

Quand du fils de Créon l'héroïque trépas >c-wX

De tous les combattants a retenu le bras.

Ce prince, le dernier de la race royale,

S'est appliqué des dieux la réponse fatale ;

Et lui-même à la mort il s'est précipité ,

De l'amour du pays noblement transporté.

JOCASTE

Ah ! si le seul amour qu'il eût pour sa patrie

Le rendit insensible aux douceurs de la vie,

Mon fils, ce même amour ne peut-il seulement

De votre ambition vaincre l'emportement?

Un exemple si beau vous invite à le suivre.

Il ne faudra cesser de régner ni de vivre :

Vous pouvez, en cédant un peu de votre rang.

Faire plus qu'il n'a fait en versant tout son sang;

n ne faut que cesser de haïr votre frère ;

Vous ferez beaucoup plus que sa mort n'a su faire.

0 dieux ! aimer un frère est-ce un plus grand effort

Que de haïr la vie et courir à la mort ?

Et doit-il être enfin plus facile en un autre

De répandre son sang, qu'en vous d'aimer le vôtre î

ÉTÉOCLE

Son illustre vertu me charme comme vous, Et d'un si beau trépas je suis même jaloux.

; Et toutefois, madame, il faut que je vous die'

( Qu'un trône est plus pénible à quitter que la vie : La gloire bien souvent nous porte à la haïr ; Mais peu de souverains font gloire d'obéir.

I Les dieux vouloieat son sang, et ce prince sans crima

!Ne pouvoit à l'État refuser sa victime; Mais ce même pays qui demandoit son sang Demande que je règne et m'attache à mon rang. Jnsqu'à ce qu'il m'en ôte, il faut que j'y demeure : Il n'a qu'à prononcer, j'obéirai sur l'heure ; Et Thèbes me verra, pour apaiser son sort, Et descendre du trône , et courir à la mort.

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