ROXANE, ATALIDE
ATALIDE
le ne viens plus, madame, à feindre disposée.
Tromper votre bonté si longtemps abusée ;
Confuse, et digne objet de vos inimitiés.
Je viens mettre mon cœur et mon crime à vos pieds. .
Oui . madame , il est vrai que je vous ai trompée :
5u soin de mon amour seulement occupée ,
Quand j'ai vu Bajazet, loin de vous obéir.
Je n'ai dans mes discours songé qu'à vous trahir.
ACTB V. 42»
Je l'aimai dès l'enfance; et dès ce temps, madame, J'avois par mille soins su prévenir son àme. La sultane sa mère, ignorant l'avenii, Héîas! pour son malheur, se plut à nous unir. \ous raimfttes depuis : plus heureux l'un et l'autre. Si, connoissant mon cœur, ou me cachant le vôtre. Votre amour de la mienne eût su se défier! Je ne me noircis point pour le justifier. Je jure par le ciel qui me voit confondue, Par ces grands Ottomans dont je suis descendue. Et qui tous avec moi vous parlent à genoux Pour le plus pur du sang qu'ils ont transmis en nous Bajazet à vos soins tôt ou tard plus sensible. Madame, à tant d'attraits n'étoit pas invincible. Jalouse, et toujours prête à lui représenter Tout ce que Je croyois digne de l'arrêter. Je n'ai rien négligé, plaintes, larmes, colère. Quelquefois attestant les mânes de sa mère ; Ce jour même, aes jours le plus infortuné. Lui reprochant l'espoir qu'il vous avoit donné. Et de ma mort enfin le prenant à partie. Mon importune ardeur ne s'est point ralentie. Qu'arrachant malgré lui des gages de sa foi , Je ne sois parvenue à le perdre avec moi- Mais pourquoi vos bontés seroient-elles lasséesî Ne vous arrêtez point à ses froideurs passées : C'est moi qui l'y forçai. Les nœuds que j'ai rompus Se rejoindront bientôt quand je ne serai plus. Quelque peine pourtant qui soit due à mon crime. N'ordonnez pas vous-même une mort légitime. Et ne vous montrez point à son cœur éperdu Couverte de rnon sang par vos mains répandu : D'un cœur trop tendre encore épargnez la foiblesse. Vous pouvez de mon sort me laisser la maltresse. Madame; mon trépas n'en sera pas moins prompt. Jouissez d'un bonheur dont ma mort vous répond; Couronnez un héros dont vous serez chérie : l'aurw soin de ma mort; prenez soin de sa vie, illez, madame, allez : avant votre retour, l'aurai d'une rivale alTranchi votre amour.
nOXANE.
Je ne mérite pas un si grand sacrifice :
424 BAJAZKT.
Je me connois, madame, et je me fais justide. Loin de vous séparer, Je prétends aujourd'hui Par des nœuds éternels vous unir avec lui : Vous jouirez bientôt de son aimable vue». Levez-vous. Mais que veut Zatime tout émue?