SCÈNE VIII
ATALIDE, ZATIME.
ATALIDE
Hélas ! pour qui mon coeur doit-il faire des vœuxî
J'ignore quel dessein les anime tous deux.
Si de tant de malheurs quelque pitié te touche.
Je ne demande point, Zatime, que ta bouche
Trahisse en ma faveur Roxane et son secret;
Mais, de grâce, dis-moi ce que fait Bajazet.
L'as-tu vu? Pour ses jours n'ai-je encor rien à craindre?
ZATIME.
Madame, en vos malheurs je ne puis que vous plaindre.
ATALIDE
Quoi ! Roxane déjà l'a-t-elle condamné?
ZATIHE.
Madame, le secret m'est surtout ordonné.
1. Ironie atroce, qui excite l'indignation du spectateur; mais le poëte ne veut et ne doit pas inspirer d'autre sentiment pour Roxane. Cette férocité froide et tranquille est dans les mœurs du sérail. Hermione n'est pas si calme quand elle a ordonné le flieurtre d« P^rrhu». (GBOFraov.)
ACTB V.
ATALIDB.
Ualheurease , dis-moi seulement s'il respire.
ZATIUE.
Il y va de ma vie, et je ne puis rien dire.
ATALIDB.
Ah! c'en est trop, cruelle. Achève, et que ta main Lui donne de ton zèle un gage plus certain; Perce toi-même un cœur que ton silence accable, D'une esclave barbare esclave impitoyable ; Précipite des jours qu'elle me veut ravir; Montre-toi, s'il se peut, digne de la servir. Tu me retiens en vain; et, dès cette même heure. Il faut que je le voie , ou du moins que je meure.