‹ Théatre complet. Avec des remarques littéraires et un choix de notes classiquesChapitre 295 sur 459 · ACTE PRBMIBEL · texte numérisé non relu

ACTE PRBMIBEL

• Une fille du sang d'Hélène , « De Diane , en ces lieux , n'ensanglante l'autel. « Pour obtenir les vents que le ciel vous déniOf

« Sacrifiez Iphigénie. »

ARCAS

Votre fille!

AGAUEUNON.

Surpris, comme tu peux penser, Je sentis dans mon corps tout mon sang se glacer. Je demeurai sans voix, et n'en repris l'usage Que par mille sanglots qui se firent passage. Je condamnai les dieux, et, sans plus rien ouïr, Fis vœu , sur leurs autels , de leur désobéir. Que n'en croyois-je alors ma tendresse alarmée I Je Toulois sur-le-champ congédier l'armée. Ulysse, en apparence, approuvant mes discours, De ce premier torrent laissa passer le cours. Mais bientôt, rappelant sa cruelle industrie, Il me représenta l'honneur et la patrie. Tout ce peuple , ces rois , à mes ordres soumis , Et l'empire d'Asie à la Grèce promis : De quel front, immolant tout l'État à ma fille. Roi vins gloire, J'irois vieillir dans ma famille. Moi-même, je l'avoue avec quelque pudeur. Charmé de mon pouvoir, et plein de ma grandeur, Ce nom de roi des rois et de chef de la Grèce Chatouilloit de mon cœur l'orgueilleuse foiblesse. Pour comble de malheur, les dieux, toutes les nuits. Dès qu'un léger sommeil suspendoit mes ennuis, Vengeant de leurs autels le sanglant privilège , Me venoient reprocher ma pitié sacrilège ; Et, présentant la foudre à mon esprit confus, Le bras déjà levé, menaçoient mes refus. le me rendis, Arcas; et, vaincu par Ulysse, De ma fille, en pleurant, j'ordonnai le supplice. Mais des bras d'une mère il falloit l'arrccher. Quel funeste artifice il me fallut chercher! D'Achille, qui l'aimoit, j'empruntai le langage : J'écrivis <în Argos , pour hâter ce voyage , Que ce guerrier, pressé de partir avec nous, Vouloit revoir ma fille , et partir son époux.

502 IPHIGÉNIB.

AHCAS.

Et ne craignez-Tt>ds point l'impatient Achille? Arez-vous prétendu que, muet et tranquille, Ce héros, qu'annera l'amour et la raison , Vous lais&e pour ce meurtre abuser de son nom? Veira-t-il à ses yeux son amante immolée?

AGAHEHNON.

Achille étoit absent; et son père Pelée,

D'un ennemi voisin redoutant les elTorts,

Lavoit, tu t'en souviens, rappelé de ces bords;

Et cette guerre , Arcas , selon toute apparence

Auroit dû plus longtemps prolonger son absence.

Mais qui peut dans sa course arrêter ce torrent?

Achille va combattre , et triomphe en courant :

Et ce vainqueur, suivant de près sa renommée.

Hier avec la nuit arriva dans l'armée.

Mais des nœuds plus puissants me retiennent le bras t

Ma fllle, qui s'approche, et court à son trépas;

Qui, loin de soupçonner un arrêt si sévère,

Peut-être s'applaudit des bontés de son père ;

Ma fille... Ce nom seul, dont les droits so!:t si saints,

Sa jeunesse, mon sang, n'est pas ce que je plains ;

Je plains mille vertus , une amour mutuelle ,

Sa piété pour moi , ma tendresse pour elle.

Dp respect qu'en son cœur rien ne peut balancer.

Et que j'avois promis de mieux récompenser.

Non , je ne croirai point, ô ciel , que ta justice

Approuve la fureur de ce noir sacrifice :

Tes oracles sans doute ont voulu m'éproùver ;

Et tu me punirois si j'osois l'achever.

Arcas, je t'ai choisi pour cette confidence;

Il faut montrer ici ton zèle et ta prudence.

La reine, qui dans Sparte avoit connu ta foi,

Ta placé dans le rang que tu tiens près de moi.

Prends cette lettre, cours au-devant de la rcill9^

Et suis, sans t'arrêter, le chemin de Mycène.

Dès que tu la verras , défends-lui d'avancer.

Et rends-lui ce billet que je viens de tracer.

Mais ne t'écarte point ; prends un fidèle guide

Si ma fille une fois met le pied dans l'Aulide,

Elle est morte : Calchas, qui l'attend en ces

Fera taire nos pleurs, fera parler les dieui

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