AGAMEMNON, ULYSSE
AGAMEHNON
Juste ciel! c'est ainsi qu'assurant ta vengeance Tu romps tous les ressorts de ma vaine prudence I Encor si je pouvois, libre dans mon malheur, Par des larmes au moins soulager ma douleur! Triste destin des rois ! Esclaves que nous sommes Et des rigueurs du sort et des discours des hommes. Nous nous voyons sans cesse assiégés de témoins; Et les plus malheureux osent pleurer le moins!
0 LYS SE
Je suis père, seigneur, et foible comme un autre'; Mon cœur se met sans peine en la place du vôtre; Et , frémissant du coup qui vous fait soupirer. Loin de blâmer vos pleurs, je suis prêt de pleurer. Mais votre amour n'a plus d'excuse légitime; Les dieux ont à Calchas amené leur victime : Il le sait, il l'attend; et, s'il la voit tarder. Lui-même à haute voix viendra la demander. Nous sommes seuls encor : hâtez-vous de répandre
1. Ce discours, dit Geoffroy, est un des plus beaux morcaan i'ane tragédie où les beautés fourmillent.
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Des pleurs que vous arrache un intérêt si tendre; Pleurez ce sang, pleurez; ou plutôt, sans pâlir. Considérez l'honneur qui doit en rejaillir : Voyez tout l'Hellespont blanchissant sous nos rames Et la perfide Troie abandonnée aux flammes. Ses peuples dans vos fers, Priam à vos genoux, Hélène par vos mains rendue à son époux ; Vojez de vos vaisseaux les poupes couronnées Dans cette même Aulide avec vous retournées. Et ce triomphe heureux qui s'en va devenir L'éternel entretien des siècles à venir.
AGAMKMNON.
Seigneur, de mes efforts je connois l'impuissance : Je cède et laisse aux dieux opprimer l'innocence. La victime bientôt marchera sur vos pas , Allez. Mais cependant faites taire Calchas; Et, m'aidant à cacher ce funeste mystère, Laissez-moi de l'autel écarter une mère.