‹ Théatre complet. Avec des remarques littéraires et un choix de notes classiquesChapitre 304 sur 459 · IPHIGÉNIE, ÉRIPHILE, DORIS · texte numérisé non relu

IPHIGÉNIE, ÉRIPHILE, DORIS

IPHIGÉNIE

De cet accueil que dois-je soupçonner!

D'une secrète horreur je me sens frissonner : Je crains, malgré moi-même, un malheur que j'ignore. Justes dieux ! vous savez pour qui je vous implore I

ÉRIPHILE

Quoi ! parmi tous les soins qui doivent l'accabler, Quelque froideur suffit pour vous faire tremblerl Hélas! à quels soupirs suis-je donc condamnée, Moi qui, de mes parents toujours abandonnée. Étrangère partout, n'ai pas, môme en naissant, Peut-être reçu d'eux un regard caressant I

ACTB II. sn

Du moins, si vos respects sont rejetés d'un père. Vous en pouvez gémir dans le sein d'une mère; Et, de quelque disgrâce enfin que vora jpleuriez, Quels pleurs pour un amant ne sont point essuyés I

IPHIGéME.

Je ne m'en défends point : mes pleurs, belle Ériphile,

Ne tiendront pas longtemps contre les soins d'Achille;

Sa gloire, son amour, mon père, mon devoir,

Lui donnent sur mon âme un trop juste pouvoir.

Mais de lui-même ici que faut-il que je pense?

Cet amant, pour me voir brûlant d'impatience.

Que les Grecs de ces ^ord» ne pouvoient arracher.

Qu'un père de si loin m'ordonne de chercher,

S'empresse-t-il assez pour jouir d'une vue

Qu'avec tant de transports je croyois attendue?

Pour moi, depuis deux jours qu'approchant de ces lieux,

Leur aspect souhaité se découvre à nos yeux ,

Je l'attendois partout; et, d'un regard timide.

Sans cesse parcourant les chemins de l'Aulide,

Mon cœur pour le chercher voloit loin devant moi.

Et je demande Achille à tout ce que je vol.

Je viens, j'arrive enfin sans qu'il m'ait prévenue.

Je n'ai percé qu'à peine une foule inconnue;

Lui seul ne paroît point : le triste Agamemnon

Semble craindre à mes yeux de prononcer son nom.

Que fait-il ? Qui pourra m'expliquer ce mystère?

Trouverai-je l'amant glacé comme le père?

Et les soins de la guerre auroient-ils en un jour

Éteint dans tous les cœurs la tendresse et l'amour?

Mais non, c'est l'offenser par d'injustes alarme» :

C'est à moi que l'on doit le secours de ses armus.

Il n'étoit point à Sparte entre tous ces amants

Dont le père d'Hélène a reçu les serments :

Lui seul de tous les Grecs , maître de sa parole ,

S'il part contre Ilion, c'est pour moi qu'il y vole;

Et, satisfait d'un prix qui lui seaible si doux.

Il veut même y porter le nom de mon époux.

Page 1