IPHIGÉNIE, ÉRIPHILE, DORIS
IPHIGÉNIE
En quel funeste état ces mots m'ont-ils laissée l Pour mon hymen Achille a changé de pensée I
ACTB II. n9
Il me faut sans honneur retourner sur mes pas. Et vous cherches ici quelque autre que Calchas !
Madame, à ce discours je ne puis rien comprendre.
V ous m'entendez assez , si vous voulez m'entendre. Le sort injurieux me ravit un époux ; Madame, à mon malheur m'abandonnerez-vousî Vous ne pouviez sans moi demeurer à Mycène; Me verra-t-on sans vous partir avec la reine?
ÉRIPHILB.
Je voulois voir Calchas avant que de partir.
IPHIGÉNIE
Que tardez-vous , madame , à le Taire avertir?
ÉRIPHILE
D'Ârgos, dans un moment, vous reprenez la route.
IPHIGÉNIB.
Dn moment quelquefois éclaircit plus d'un doute. Mais, madame, je vois que c'est trop vous presser j Je vois ce que jamais je n'ai voulu penser ; Achille... Vous brûlez que je ne sois partie.
ÉRIPHILE
Moi ! vous me soupçonnez de cette perfidie Moi , j'aimerois, madame, un vainqueur furieux. Qui toujours tout sanglant se présente à mes yeux. Qui , la flamme à la main , et de meurtres avide. Mit en cendres Lesbos...
IPHIGÉNIE
Oui , vous l'aimez , perfide; Et ces mêmes fureurs que vous me dépeignez, Ces bras que dans le sang vous avez vus baignés. Ces morts, cette Lesbos, ces cendres, cette flamme. Sont les traits dont l'amour l'a gravé dans votre &me Et , loin d'en détester le cruel souvenir. Vous vous plaisez encore à m'en entretenir. Déjà plus d'une fois, dans vos plaintes forcées. J'ai dû voir et j'ai vu le fond de vos pensées; Mais toujours sur mes yeux ma facile bonté A remis le bandeau que j'avois écarté.
Vous l'aimez. Que faisois-je ! Et quelle erreur fatale M'a fait entre mes bras recevoir ma rivale ! Crédule , Je l'aimois : mon cœur même aujourd'hui
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De son parjure amant lui promettoit l'appui. Voilà donc le triomphe où j'étois amenée! Moi-même à votre char je me suis enchaînée. Je vous pardonne, hélas! des vœux intéressés. Et la perte d'un cœur que vous me ravissez : . Mais que, sans m'avertir du piège qu'on me dresse, Vous me laissiez chercher jusqu'au fond de la Grèce L'ingrat gui ne m'attend que pour m'abandonner. Perfide, cet affront se peut-il pardonner?
ÉRIPHILE
Vous me donnez des noms qui doivent me surprendre, Madame : on ne m'a pas instruite à les entendre; Et les dieux, contre moi dès longtemps indignés, A mon oreille encor les avoient épargnés. Mais il faut des amants excuser l'injustice. Et de quoi vouliez-vous que je vous avertisse? Avez-vous pu penser qu'au sang d'Agamemnon Achille préférât une fille sans nom, Qui de tout son destin ce qu'elle a pu comprendre, C'est qu'elle sort d'un sang qu'il brûle de répandre?
IPHIGÉNIE
Vous triomphez , cruelle , et bravez ma douleur. Je n'avois pas encor senti tout mon malheur : Et vous ne comparez votre exil et ma gloire , Que pour mieux relever votre injuste victoire. Toutefois vos transports sont trop précipités : Ce même Agamemnon à qui vous insultez, n commande à la Grèce, il est mon père, il m'aime. Il ressent mes douleurs beaucoup plus que moi-mêma: Mes larmes par avance avoient su le toucher ; J'ai surpris ses soupirs qu'il me vouloit cacher. Hélas! de son accueil condamnant la tristesse, J'osois me plaindre à lui de son peu de tendresse!