‹ Théatre complet. Avec des remarques littéraires et un choix de notes classiquesChapitre 374 sur 459 · THÉSÉE, THÉRAMÈNE · texte numérisé non relu

THÉSÉE, THÉRAMÈNE

THÉSÉE

Théramène, est-ce toi? Qu'as-tu fait de mon fils? Je te l'ai confié dès l'âge le plus tendre. Mais d'où naissent les pleurs que je te vois répandre? Que fait mon fils?

THÉRAMÈNE

O soins tardifs et superflus l Inutile tendresse ! Hippolyte n'est plus.

THÉSÉE

Dieux I

THÉRAMÈNE

J'ai vu des mortels périr le plus aimable, Et j'ose dire encor, seigneur, le moins coupable.

THÉSÉE

Mon fil» n'est plus! Hé quoi ! auand ]o lui tends 1er itras.

608 PHEDRii

Les dieux impatients ont hâté son trépas! Quel coup me Ta ravi? quelle foudre soudaincî

THÉRAM ÈNE.

A peine nous sortions des portes de Trézène,

Il étoit sur son char ; ses gardes affligés

Imitoient son silence, autour de lui rangés;

Il suivoit tout pensif le chemin de Mycènes ;

Sa main sur les chevaux laissoit flotter les rênes;

Ses superbes coursiers, qu'on voyoit autrefois

Pleins d'une ardeur si noble obéir à sa voix,

L'œil morne maintenant, et la tête baissée,

Sembloient se conformer à sa triste pensée.

Un effroyable cri, sorti du fond des flots.

Des airs en ce moment a troublé le repos;

Et, du sein de la terre, une voix formidable

Répond en gémissant à ce cri redoutable.

Jusqu'au fond de nos cœurs notre sang s'est glacé;

Des coursiers attentifs le crin s'est liérissé.

Cependant, sur le dos de la plaine liquide,

S'élève à gros bouillons une montagne humide;

L'onde approche, se brise, et vomit à nos yeux.

Parmi des flots d'écume, un monstre furieux.

Son front large est armé de cornes menaçantes ;

Tout son corps est couvert d'écaillés jaunissantes;

Indomptable taureau, dragon impétueux.

Sa croupe se recourbe en replis tortueux ;

Ses longs mugissements font trembler le rivage.

Le ciel avec horreur voit ce monstre sauvage;

La terre s'en émeut, l'air en est infecté;

Le flot qui l'apporta recule épouvanté.

Tout fuit; et, sans s'armer d'un courage inutile,

Dans le temple voisin chacun cherche un asile.

Hippolyte lui seul , digne fils d'un héros,

Arrête ses coursiers, saisit ses javelots,

Pousse au monstre, et d'un dard lancé d'une main sftre^

11 lui fait dans le flauc une large blessure.

De rage et de douleur le monstre bondissant

Vient aux pieds des chevaux tomber en mugissant ,

Se roule, et leur présente une gueule enflammée

Qui les couvre de feu, de sang, et de fumée.

La frayeur les emporte; et, sourds à cette fois,

Ils ne connoissent plus ni le frein ni la voix;

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