‹ Théatre complet. Avec des remarques littéraires et un choix de notes classiquesChapitre 380 sur 459 · ACTE PREMIER. g · texte numérisé non relu

ACTE PREMIER. g

Je vins; mais je cachai ma race et mon pays. Qui pourroit cependant t'exprimer les cabales Que formoiten ces lieux ce peuple de rivales, Qui toutes, disputant un si grand intérêt. Des yeux d'Assuérus attendoient leur arrêt? Chacune avoit sa brigue et de puissants suffrages: L'une d'un sang fameux vantoit les avantages ; L'autre, pour se parer de superbes atours, Dos plus adroites mains empruntoit le secours; Et moi , pour toute brigue et pour tout artifice De mes larmes au ciel j'offrois le sacrifice.

£nfin, on m'annonça l'ordre d'Assuérus.

Devant ce fier monarque, Élise, je parus. Dieu tient le cœur des rois entre ses mains puissantes: Il fait que tout prospère aux âmes innocentes , Tandis qu'en ses projets l'orgueilleux est trompé. De mes foibles attraits le roi parut frappé : Il m'observa longtemps dans un sombre silence; Et le ciel, qui pour moi fit pencher la balance. Dans ce temps-là, sans doute, agissoit sur son cœur. Enfin , avec des yeux où régnoit la douceur : « Soyez reine, » dit-il; et, dès ce moment môme, De sa main sur mon front posa son diadème. Pour mieux faire éclater sa joie et son amour. Il combla de présents tous les grands de sa cour; Et môme ses bienfaits, dans toutes ses provinces. Invitèrent lé peuple aux noces de leurs princes.

Hélas! durant ces jours de joie et de festins. Quelle étoit en secret ma honte et mes chagrins ! Esther, disois-je, Esther dans la pourpre est assise, La moitié de la terre à son sceptre est soumise, Et de Jérusalem l'herbe cache les murs! Sion, repaire affreux de reptiles impurs. Voit de son temple saint les pierres dispersées. Et du Dieu d'Israël les fêtes sont cessées * !

ÉLISE

M'aTez-TOus point au roi confié vos ennuis?

ERTIIEn.

Le roi, jusqu'à ce jour, ignore qui je suisi Celui par qui le ciel règle ma destinée

1. Comparez avec ce récit le Livre d'Estlter, cb^p. II. Racine, dao« oute cette scène, suit les Livres saiaU.

6t» BSTHBR.

Sur ce secret encor tient ma langue enchaînée-

ÉLISE

Mardochéeî Hé! peut^il approcher de ces lieux?

ESTHEH.

Son amitié pour moi le rend ingénieux.

Absent, je le consulte, et ses réponses sage»

Pour venir Jusqu'à moi trouvent mille passages:

Un père a moins de soin du salut de son fils.

Déjà même, déjà, par ses secrets avis.

J'ai découvert au roi les sanglantes pratiques

Que formoient contre lui deux ingrats domestiques.

Cependant mon amour pour notre nation

A rempli ce palais de filles de Slon ,

Jeunes et tendres fleurs par le sort agitées.

Sous un ciel étranger comme moi transplantées.

Dans un lieu séparé de profanes témoins.

Je mets à les former mon étude et mes soins;

Et c'est là que, fuyant l'orgueil du diadème.

Lasse de vains honneurs, et me cherchant moi-même

Aux pieds de l'Éternel je viens m'humilier.

Et goûter le p'aisir de me faire oublier ••

Mais à tous les Persans je cache leurs familles.

Il faut les appeler. Venez, venez, mes filles,

Compagnes autrefois de ma captivité,

De l'antique Jacob jeune postérité ».

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