‹ Théatre complet. Avec des remarques littéraires et un choix de notes classiquesChapitre 408 sur 459 · ASSUÉRDS, ESTHER, AMAN, ÉLISE · texte numérisé non relu

ASSUÉRDS, ESTHER, AMAN, ÉLISE

LE CHCKDR.

ASScéROS, à Esther.

CV<»/, vos moindres discours ont des grâces secrètes ; Une noble pudeur à tout ce que vous faites Donne un prix que n'ont point ni la pourpre ni l'or. Quel climat renfermoit un si rare trésor? Dans quel sein vertueux avez-vous pris naissance, Et quelle main si sage éleva votre enfance? Mais dites promptement ce que vous demandez t Tous vos désirs, Esther, vous seront accordés; Dussiez-vous , je l'ai dit, et veux bien le redire, Demander la moitié de ce puissant empire.

ESTHER

Je ne m'égare point dans ces vastes désirs. Mais, puisqu'il faut enfin expliquer mes soupirs, Puisque mon roi lui-même h parler me convie,

(Elle se jette aux pieds du roi.) J'ose vous implorer, et pour ma propre vie. Et pour les tristes jours d'un peuple infortuné Qu'à périr avec moi vous avez condamné, AsscÉRUS, la relevant.

A périr l Vous! Quel peuple? Et quel est ce mystère!

HAN, toat bu.

Je tremblel

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ESTHER

Esther, seigneur, eut un Juif pour son père De Tos oVdres sanglants vous savez la rigueur.

AH AN, à part.

Ah dieux I

ASSCÉBUS.

Ah ! de quel coup me percez-vous le cœur Vous la fille d'un Juif! Hé quoi ! tout ce que j'aime, Cette Esther, l'innocence et la sagesse même , Que je croyois du ciel les plus chères amours, Dans cette source impure auroit puisé ses jours? Malheureux !

ESTHER

Vous pourrez rejeter ma prière :

Mais Je demande au moins que , pour grâce dernière, Jusqu'à la fin , seigneur, vous m'entendiez parler. Et que surtout Aman n'ose point me troubler.

ASSUÉRUS

Parlez.

ESTHER

O Dieu , confonds l'audace et l'imposture I Ces Juifs, dont vous voulez délivTer la nature. Que vous croyez , seigneur, le rebut des humains. D'une riche contrée autrefois souverains , • Pendant qu'ils n'adoroient que le Dieu de leurs pères , Ont vu bénir le cours de leurs destins prospères.

Ce Dieu , maître absolu de la terre et des deux. N'est point tel que l'erreur le figure à vos yeux : L'Étemel est son nom, le monde est son ouvrage; Il entend les soupirs de l'humble qu'on outrage, Juge tous les mortels avec d'égales lois , Et du haut de son trône interroge les rois '. Des plus fermes États la chute épouvantable Quand il veut, n'est qu'un jeu de sa main redoutable. Les Juifs à d'autres dieux osèrent s'adresser : Rois, peuples, en un jour tout se vit disperser: ooûs les Assyriens leur triste servitude Devint le triste prix de leur ingratitude.

Maîo, pour punir enfin nos maîtres à leur tour,

1. C'est i la lecture de ces vers sublimes que Voltaire s'écriait On a honte de faire des yer» quand on en lit de pareils. ■

«58 BSTHBR.

Dieu fit choix de Cyrus avant qu'il vît le jour. L'appela par son nom, le promit à la terre. Le fit naître, et soudain l'arma de son tonnerre, ' Brisa les fiers remparts et les portes d'airain , Mit des superbes rois la dépouille en sa main, De son temple détruit vengea sur eux l'injure : Babylone paya nos pleurs avec usure.

Cyrus, par lui vainqueur, publia ses bienfaits, Regarda notre peuple avec des yeux de paix. Nous rendit et nos lois et nos fêtes divines ; Et le temple sortoit déji de ses ruines. Mais, de ce roi si sage héritier insensé. Son fils' interrompit l'ouvrage commencé, Fut sourd à nos douleurs : Dieu rejeta sa race. Le retrancha lui-même , et vous mit en sa place.

Que n'espérions-nous point d'un roi si généreux! Dieu regarde en pitié son peuple malheureux , Disions-nous : un roi règne, ami de l'innocence. Partout du nouveau prince on vantoit la clémence : Les Juifs partout de joie en poussèrent des cris. Ciel ! verra-t-on toujours par de cruels esprits Des princes les plus doux l'oreille environnée , Et du bonheur public la source empoisonnée? Dans le fond de la Thrace un barbare enfanté Est venu dans ces lieux soufQer la cruauté; Un ministre ennemi de votre propre gloire.»

AMAH.

De votre gloire! Moi? Ciel! Le pourriez-vous croire? Moi, qui n'ai d'autre objet ni d'autre dieu... Assuénus.

Tais-toi I Oses-tu donc parler sang Tordre de ton roi?

ESTHEK.

Notre ennemi cruel devant vous se déclare ;

C'est lui , c'est ce ministre infidèle et barbare

Qui , d'un zèle trompeur à vos yeux revêtu ,

Contre notre innocence arma votre vertu.

Eî quel autre, grand Dieu! qu'un Scythe impitoyable,

Auroit de tant d'horreur? dicté l'ordre effroyable?

Partout l'afireux signal en moue temps donne

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