‹ Théatre complet. Avec des remarques littéraires et un choix de notes classiquesChapitre 436 sur 459 · MATHAN, NABAL · texte numérisé non relu

MATHAN, NABAL

RABAU

Leurs enfants ont déjà leur audace hautaine, liais que veut Atbalie en cette occasion ? D'où naît dans ses conseils cette confusionT Par l'insolent Joad ce matin offensée, Et d'un enfant fatal en songe menacée.

Elle alloit immoler Joad à son courroux. Et dans ce temple enfin placer Baal et vous. Vous m'en aviez déjà confié votre joie ; Et j'espéroia ma part d'une si riche proie. Qui fait changer ainsi ses vœux irrésolus!

UATHAN.

Ami, depuis deux Jours Je ne la connois plus. Ce n*est plus cette reine éclairée, intrépide. Élevée au-dessus de son sexe timide , Qui d'abord accabloit ses ennemis surpris. Et d'an instant perdu connoissoit tout le prix : La peur d'un vain remords trouble cette grande àmt. Elle flotte, elle hésite; en un mot, elle est fenune. J'avais tantôt rempli d'amertume et de fiel Son cœur, d^à laisi des menaces du ciel ;

TO« ATHALIB.

Elle-même, à mes Boin» confiaat sa vengeanoo, M'avoit dit d'assembler sa garde en diligence; Mais, soit que cet eafant devant elle amené. De ses parents, dit-on, rebut infortuné. Eût d'un songe effrayant diminué l'alarme. Soit qu'elle eût même en lui vu Je ne sais quel charme, J'ai trouvé son courroux chancelant, incertain. Et déjà remettant sa vengeance à demain. Tous ses projets sembloient l'un l'autre se détruire. « Du sort de cet enfant je me suis fait instruire, ■ Ai-Je dit : on commence à vanter ses aïeux ; « Joad de temps en temps le montre aux factieux, « Le fait attendre aux Juifs comme un autre Moïse, a Et d'oracles menteurs s'appuie et s'autorise. » Ces mots ont fait monter la rougeur sur son front. Jamais mensonge heureux n'eut un effet si prompt, « Est-ce à moi de languir dans cette incertitude) « Sortons, a-t-elle dit, sortons d'inquiétude. t( Vous-même à Josabeth prononcez cet arrêt : « Les feux vont s'allumer, et le fer est tout prêt; « Rien ne peut de leur temple empêcher le ravage, « Si je n'ai de leur foi cet enfant pour otage. »

KABAL.

Hé bien ! pour un enfant qu'ils ne connoissent pas, Que le hasard peut-être a jeté dans leurs bras. Voudront-ils que leur temple, enseveli sous l'herbe...

UATHAN.

Ah! de tous les mortels connois le plus superbe. Plutôt que dans mes mains par Joad soit livré Un enfant qu'à son Dieu Joad a consacré, Tu lui verras subir la mort la plus terrible. D'ailleurs pour cet enfant leur attache est visible : Si j'ai bien de la reine entendu le récit, Joad sur sa naissance en sait plus qu'il ne dit. Quel qu'il soit, je prévois qu'il leur sera funestes Ils le refuseront : je prends sur moi la reste. Et j'espère qu'enfin do ce temple odieux Et la flamme et le fer vont délivrer mes yeux.

MABAL.

Qui peut vous inspirer une haine si forte! Est-ce que de Baal le zèle vous transporte T Pour moi, vous le savez, descendu d'ismaâl

«.CTB IIL vn

Je ne sera ni Baa!, ni le dieu d'IsraeU

MATHAN

Ami , peux-tu penser que d'un zèle friTole Je me laisse aveugler pour une vaine idole , Pour un fragile bois que , malgré mon secours. Les vers sur son autel consument tous les joursl Né ministre du Dieu qu'en ce temple on adore. Peut-être que Matban le aerviroit encore. Si l'amour des grandeurs, la soif de commander. Avec son Joug étroit pouvoient s'accommoder.

Qu'est-il besoin, Nabal, qu'à tes yeux je rappelle De Joad et de moi la fameuse querelle, Quand j'osai contre lui disputer l'encensoir; Mes brigues, mes combats, mes pleurs, mon désespiir! Vaincu par lui, j'entrai dans une autre carrière, Et mon àme k la cour s'attacha tout entière. J'approchai par degrés de l'oreille des rois. Et bientôt en oracle on érigea ma voix. J'étudiai leur cœur, je flattai leurs caprices; Je leur semai de fleurs les bords des précipices; Près de leurs passions rien ne me fut sacré ; De mesure et de poids Je changeois à leur gré. Autant que de Joad l'inflexible rudesse De leur suiierbe oreille offeusoit la mollesse. Autant je les cbarmois par ma dextérité. Dérobant à leurs yeux la triste vérité , Prêtant à leurs fureurs des couleurs favorables^ Et prodigue surtout du sang des misérables.

Enfin , au dieu nouveau qu'elle avoit introduit Par les mains d'Athalie un temple fut construit. Jérusalem pleura de se voir profanée ; Des enfants de Lévl la troupe consternée En poussa vers le ciel des hurlements affreux. Uoi seul, donnant l'exemple aux timides Hébreux, Déserteur de leur loi , j'approuvai l'entreprise , Et par là de Baal méritai la prêtrise ; Par là je me rendis terrible à mon rival; Je ceignis la tiare, et marchai son égal. Toutefois, Je l'avone, en ce comble de gloire, Du Dieu que j'ai quitté l'importune mémoire Jette encore en mon âme un reste de terreur. Et c'est ce qui redoi'ble fureur.

108 ATHALIK.

HeureuT bI , sar son temple achevant ma vengeance. Je puis convaincre enfin sa haine d'impuissance^ Et parmi le débris, le ravage et les morts, A. force d'attentats perdre tous mes remords! U&is voici Josabetti.

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