PORUS, AXIANE
AXIANE
Quoi ! Taxile me fuit ! Quelle cause inconnue...
PORUS
Il fait bien de cacher sa honte à votre vue ;
Et, puisqu'il n'ose plus s'exposer aux hasards.
De quel front pourroit-il soutenir vos regards?
Mais laissons-le, madame; et puisqu'il veut se rendre |
Qu'il aille avec sa sœur adorer Alexandre.
Retirons-nous d'un camp où , l'encens à la main ,
Le fidèle Taxile attend son souverain.
ACTB PREMIER. 77
Uais, scigyeur, que dit- il?
PORCS
Il en fait trop paraître ; Cet esclave déjà m'ose vanter son maître 5 Il veut que Je le serve....
AXIANK.
Ah ! sans vous emporter, Souffrez que mes efforts tâchent de l'arrêter : Ses soupirs, malgré moi, m'assurent qu'il m'adore. Quoi qu'il en soit, souffrez que je lui parle encore; Et ne le forçons point, par ce cruel mépris. D'achever un dessein qu'il peut n'avoir pas pris.
PO RU s.
Hé quoi ! vous en doutez? et votre âme s'assure Sur la foi d'un amant infidèle et parjure. Qui veut à son tyran vous livrer aujourd'hui , Et croit, en vous donnant, vous obtenir de lui ! Hé bien ! aidez-le donc à vous trahir vous-même. Il vous peut arracher à mon amour extrf^me; Mais il ne peut m'ôter, par ses efforts jaloux, La gloire de combattre et de mourir pour vous.
Et vous croyez qu'après une telle insolence Mon amitié, seigneur, seroit sa récompense? Vous croyez que mon cœur s'engageant sous sa loi , Je souscrirois au don qu'on lui feroit de moi ? Pouvez-vous, sans rougir, m'accuser d'un tel crimet Ai-je fait pour ce prince éclater tant d'estime? Entre Taxile et vous s'il falloit prononcer. Seigneur, le croyez-vous qu'on me vît balancer? Sais-je pas que Taxile est une âme incertaine. Que l'amour le retient quand la crainte l'entraîne Sais-je pas que , sans moi , sa timide valeur Succomberoit bientôt aux ruses de sa sœur? Vous savez qu'Alexandre en fit sa prisonnière. Et qu'enfin cette sœur retourna vers son frère ; Mais je connus bientAt qu'elle avoit entrepris De l'arrêter au piège où son cœur étoit pris.
PO RUS
Et vous.pouvez eni'or demeurer auprès d'elle ! Que n'abAndokinez-vous cette sceur crimiaellei
78 «tLBXANPRB.
Pourquoi, par tant de soins, voulez-vous épargner Un prince...
AXIANE
C'est pour vous que je le veux gagner. Vous rerrai-Je, accablé du soin de nos provinces ^ Attaquer seul un roi vainqueur de tant de princesT Je vous veux dans Taxile offrir un défenseur Qui combatte Alexandre en dépit de sa sœur. Que n'avez-vous pour moi cette ardeur empressée 1 Mais d'un soin si commun votre âme est peu blessée t Pourvu que ce grand cœur périsse noblement, Ce qui suivra sa moft le touche foiblement. Vous me voulez livrer, sans secours, sans asile^ Au courroux d'Alexandre, à l'amour de Taxile, Qui, me traitant bientôt en superbe vainqueur. Pour prix de votre mort demandera mon cœur. Hé bien! seigneur, allez, contentez votre envie i Combattez; oubliez le soin de votre viej Oubliez que le ciel, favorable à vos vœux. Vous préparoit peut-être un sort assez heoreux. Peut-être qu'à son tour Axiane charmée Alloit... Mais non , seigneur, courez vers votre armfo i Un si long entretien vous scroit ennuyeux ; Et c'est vous retenir trop longtemps en ces lieux.
PO «u s.
Ah, madame! arrêtez, et connoisscz ma flamme; Ordonnez de mes jours , disposez de mon âme » La gloire y peut beaucoup, je ne m'en cache pas; Mais que n'y peuvent point tant de divins appas! 3e ne vous dirai point que pouf vaincre Alexandre Vos soldats et les miens alloient tout entreprendre} Que c'étoit pour Porus un bonheur sans égal De triompher tout seul aux yeux de son rival t Je ne vous dis plus rien. Parlez en souveraine : Mon cœur met à vos pieds et sa gloire et sa haino<
AXIANE
Ne craignez rien; ce cœur, qui veut bien m'obéir, N'est pas entre des mains qui le puissent trahir ! Non, je ne prétends pas, jalouse de sa gloire. Arrêter un héros qui court à la victoire. Contre un fier ennemi précipitez vos pasi Muis de vos alliés oe voue séparei pas i