‹ Théatre complet. Avec des remarques littéraires et un choix de notes classiquesChapitre 51 sur 459 · AJIutioa aux voyage* fabuleux d« Bacchus dasa las lodaft · texte numérisé non relu

AJIutioa aux voyage* fabuleux d« Bacchus dasa las lodaft

84 ALBXANORB.

Qu'il n'avoit avec moi, dans des desseins si grands. Engagé que des rois ennemis des tyrans; Mais puisqu'un roi, flattant la main qui nous menace, Parmi ses alliés brigue une indigne place. C'est à moi de répondre aux vœux de mon pays. Et de parler pour ceux que Taxile a trahis. Que vient chercher ici le roi qui vous envoie? Quel est ce grand secours que son bras nous octroie? De quel front ose-t-il prendre sous son appui Des peuples qui n'ont point d'autre ennemi que lui T Avant que sa fureur ravageât tout le monde, L'Inde se reposoit dans une paix profonde; Et si quelques voisins en troubloient les douceurs, Il portoit dans son sein d'assez bons défenseurs. Pourquoi nous attaquer? Par quelle barbarie A-t-on de votre maître excité la furie? Vit-on jamais chez lui nos peuples ea courroux Désoler un pays inconnu parmi nous?

Faut-il que tant d'états, de déserts, de rivières , Soient entre nous et lui d'impuissantes barrièrssî Et ne sauroit-on vivre au bout de l'univers Sans connoltre son nom et le poids de ses fers? jQuelle étrange valeur, qui, ne cherchant qu'à nuire, I Embrase tout sitôt qu'elle commence à luire; Qui n'a que son orgueil pour règle et pour raison; (Qui veut que l'univers ne soit qu'une prison, Et que, maître absolu de tous tant que nous sommes. Ses esclaves en nombre égalent tous les hommes ! Plus d'états, plus de rois : ses sacrilèges mains Dessous un même joug rangent tous les humains. Dans son avide orgueil je sais qu'il nous dévore : De tant de souverains nous seuls régnons encore. Mais, que dis-je, nous seuls? Il ne reste que moi Où l'on découvre encor les vestiges d'un roi. Mais c'est pour mon courage une illustre matière Je vois d'un œil content trembler la terre entière , Afin que par moi seul les mortels secourus , S'ils sont libres, le soient de la main de Porus; Et qu'on dise partout, dans une paix profonde : « Alexandre vainqueur eût dompté tout le mondej « Mais un roi l'attendoit au bout de l'univers, • Par qui le monde entier a vu briser ses fers, t

ACTB II. 85

ÉPHESTIOR.

Votre projet du moins nous marque un grand courage ;

Mais, seigneur, c'est bien tard s'opposer à l'orage :

Si le monde penchant n'a plus que cet appui ,

Je le plains, et vous plains vous-même autant que lui.

Je ne vous retiens point; marchez contre mon maître :

Je voudrois seulement qu'on vous l'eût fait connaître;

Et que la renommée eût voulu, par pitié.

De ses exploits au moins vous conter la moitié;

Vous verriez...

PORCS

Que verrois-je, et que pourrois-je apprendre Qui m'abaisse si fort au-dessous d'Alexandre? Seroit-ce sans effort les Persans subjugués, Et vos bras tant de fois de meurtres fatigués? Quelle gloire, en effet, d'accabler la foiblesse D'un roi déjà vaincu par sa propre mollesse ; D'un peuple sans vigueur et presque inanimé. Qui gémissoit sous l'or dont il étoit armé. Et qui, tombant en foule au lieu de se défendre, N'opposoit que des morts au grand cœur d'Alexandre? Les autres, éblouis de ses moindres exploits, §ont venus à genoux lui demander des lois; Et leur crainte écoutant je ne sais quels oracles , Ils n'ont pas cru qu'un dieu pût trouver des obstacles. Mais nous, qui d'un autre œil jugeons des conquérants. Nous savons que les dieux ne sont pas des tyrans; Et de quelque façon qu'un esclave le nomme. Le fils de Jupiter passe ici pour un homme. Nous n'allons point de fleurs parfumer son chemin ; Il nous trouve partout les armes à la main ; Il voit à chaque pas arrêter ses conquêtes; Un seul rocher ici lui coûte plus de têtes ', Plus de soins, plus d'assauts, et presque plus de temps, Que n'en coûte à son bras l'empire des Persans. Ennemis du repos qui perdit ces infâmes. L'or qui naît sous nos pas ne corrompt point nos âmes. La gloire est le seul bien qui nous puisse tenter. Et le seul que mon cœur cherche à lui disputer ; C'est elle...

1. C« vers fait allusion à la prise du rocher d'Aorne. Y07. Qoint*- Curce, liv. VIII, chap. 36, 37 et 38. (A. M.)

88 ALEXANDRE

ÉPHESTION, en se levant.

Et c'est aussi ce que cherche Akïxandre. A de moindres objets son cœur ne peut descendre. C'est ce qui, l'arrachant du sein de ses états, Au trône de Cyrus lui fit porter ses pas, Et, du plus ferme empire ébranlant les colonnes, Attaquer, conquérir, et donner les couronnes. Et, puisque votre orgueil ose lui disputer La gloire du pardon qu'il vous fait présenter. Vos yeux, dès aujourd'hui témoins de sa victoire, Verront de quelle ai'deur il combat pour la gloire t Bientôt le fer en main vous le verrez marcher.

PO RU s.

Allez donc : je l'attends, ou je le vais chercher.

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