‹ Théatre complet. Avec des remarques littéraires et un choix de notes classiquesChapitre 56 sur 459 · SCÈNE II · texte numérisé non relu

SCÈNE II

TAXILË, AXIANE, CLÉOFILE.

TAXIL8

Madame, si Porus, avec moins de colère. Eût suivi les conseils d'une amitié sincère, 11 m'auroit en effet ('•pargné la douleur De vous venir moi-même annoncer son malheur.

AXIANE

Quoi ! Porus...

TAXILt.

C'en e»t fait; et sa valeur trompée Des maux que J*ai prévus se voit enveloppée. Ce n'est pas (car mon cœur, respectant sa vertu , N'accable point encore un rival abattu), Ce n'est pas que son br»», disputant la victoire* N'en ait aux ennemis cn^angluiité la gloire: Qu'elle-même, attachée à ses faits éclatants, Kntre Alexandre et lui n'ait douté quelque temps : Mais enfin contre moi sa vaillance irritée Avec trop do chaleur s'étoit précipitée. J'ai vu ses bataillons rompus et renversés, Vos soldats en désordre, et les siens dispersé» ( Et lui-même, à la fin, entraîné dans leur fuite, Malgré lui du vainqueur éviter la poursuite; Et, de son vain couitdux trop tard désabuse. Souhaiter le secours qu'il avoit refusé.

AXIAHE.

Qu'il avolt refusé ! Quoi donc ! pour ta patrie , Ton indigne courage attend que l'on te prie ! Il faut donc, malgré toi, te traîner aux combats. Et te forcer toi-même à sauver tes états ! "^ L'exemple de Porus, puisqu'il faut qu'on t'y porto, Dis-moi, n'étoit-ce pas une voixassez forteî Ce héros en péril , ta maîtresse en danger, Tout l'état périssant n'a pu t'encourafrer ! Va, tu sers biea le maître à qui u sœur te doncfi.

92 ALEXANDRE

Achève , et fais de moi ce que sa haine ordonne. Garde à tous les vaincus un traitement égal , Enchaîne ta maîtresse, en livrant ton rival. Aussi bien c'en est fait : sa disgrâce et ton crime Ont placé dans mon cœur ce héros magnanime. Je l'adore! et je veux, avant la fin du jour. Déclarer à la fois ma haine et mon amour; Lui vouer, à tes yeux, une amitié fidèle. Et te jurer, aux siens, une haine immortelle. Adieu. Tu me connois : aime-moi si tu veux.

TAXILE

Ah ! n'espérez de moi que de sincères vœux , Madame; n'attendez ni menaces ni chaînes^. Alexandre sait mieux ce qu'on doit à des reines. Soufl'rez que sa douceur vous oblige à garder Cn trône que Porus devoit moins hasarder; Et moi-môme en aveugle on me verroit combattre La sacrilège main qui le voudroit abattre.

AXIANE

Quoi ! par l'un de vous deux mon sceptre raffermi Deviendroit dans mes mains le don d'un ennemi ! Et sur mon propre trône on me verroit placée Par le môme tyran qui m'en auroit chassée > !

TAXILE

Des reines et des rois vaincus par sa valeur Ont laissé par ses soins adoucir leur malheur. Voyez de Darius et la femme et la mère : L'une le traite en fils, l'autre le traite en frère.

AXIANE

Non , non , Je ne sais point vendre mon amitié , Caresser un tyran , et régner par pitié. Penses-tu que j 'imite une foible Persane ; Qu'à la cour d'Alexandre on retienne Axiane; Et qu'avec mon vainqueur courant tout l'univers, J'aille vanter partout la douceur de ses fers ? S'il donne les états, qu'il te donne les nôtres; Qu'il te pare , s'il veut , des dépouilles des autres. Règne : Porus ni moi n'en serons point jaloux ; Et tu seras encor plus esclave que nous. J'espère qu'Alexandre, amoureux de sa gloire,

' 1. Il faut se souvenir qu'Axiane parle devant Cléofile, qu'Âlexandf« avait réUblie sur le trdoe. (Luhsau db Bovsobbuain.)

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