SCÈNE I
AXÏANE.
N'enlendrons-nouB jamais que de» cris de victoire,
Qui de mes enuemis me reproclient ï& gloire?
Et ne pourrai-je au moins, en de si grands malheurs,
iM'entretenir moi s<^ule avecquemes douleurs?
D'un odieux amanit sans cesse ptjursuivle,
On prétend , malgnë ipoi , m'attacha k la vie :
On m'observe, on me suit. Mais, P^rus, ne crois pas
Qu'on me puisse erapôcUer de courir sur tes pas.
Sans doute à nos malb^rs ton cœur n'a pu survivre.
En vain tant de soldat* s'ju'raent pour te poursuivie :
On te découvriroit au bruit de tes eflorts;
Et s'il te faut cherclier, ce n'est qu'entre les morts.
Hclas! en me quittant, ton ardeur redoublée
Senibloit prévoir les maux dont je suis accablée,
Lorsque tes yeux , aux miens découvrant ta langueur.
Me demandoient quel raag tu tenx^is dans mon cœur;
Que; sans t'inquiéter du succès de tes armes,
Le soin de ton amour te causoit tant d'alarmes.
Et pourquoi te cachops^je avec ta«t de détours
Un secret si fatal au repos de tes jours?
Combien de fois, tes yeux /"orçant ma résistance,
Mon cœur s'est-il vu près de rompre le silence !
Combien de fois, sensjbl* è tes ardents .désirs.
M'est-il, en ta présence, é^ijappé des soupirs!
.Mais je voulois encor douter de ta victoire;
J'expllquois mes soupirs €io faveur de la gloire.,
Je croyois n'aimer qu'elle. Ali ! piirdonne, graj)d lo^,,
Je sens bien aujourd'hui que je n'aimois que toi.
J'avouerai que la gloire eut sur moi quelque eoij^jj;?;
Je te l'ai dit cent fcis. Majs >e devois te dire
Que toi seul, en eliet, m'engageas sous ses lois.
J'appris à la connoltre en voyant tes exploits;
Et de quelque beau feu qu'elle m'eût enflammée.
ACTB IV. 9»
En un autre que toî je l'aurois moins airnéa.
Mais que sert de pousser des soupirs superflus
Qui se perdent en l'air et que tu n'entends plus?
Il est temps que mon âme, au tombeau descendue^
Te jure une amitié si longtemps attendue;
Il est temps que mon cœur, pour gage de sa foi ,
Montre qu'il n'a pu vivre un moment !»près toi.
Aussi bien , penses-tu que je voulusse vivre
Sous les lois d'un vainqueur k qui ta mort nous livrel
Je sais qu'il se dispose à me venir parler;
Qu'en me rendant mon sceptre il veut me consoler.
Il croit peut-être s il croit que ma haine étouffée
A sa fausse douceur servira de trophée !
Qu'il vienne. Il me verra, toujours digne de toi <
Mourir en reine, ainsi que tu mourus en roi.