ACTE IV
Et par ces lâches soins, qu'on ne peut m'imputer,
Tromper mes ennemis au lieu de les dompter.
Quoique partout, ce semble, accablé sous le nombre.
Je n'ai pu me résoudre à me cacher dans l'ombre :
Il n'ont de leur défaite accusé que mon bras ;
Et le jour a partout éclairé mes combats.
Il est yrai que je plains le sort de vos provinces;
J'ai voulu prévenir la perte de vos princes;
Mais, s'ils avoient suivi mes conseils et mes vœux,
Je les aurois sauvés ou combattus tous deux.
Oui , croyez...
AXIAI4E.
Je crois tout. Je vous crois invincible : Mais, seigneur, sufRt-il que tout vous soit possible? Ne tient-il qu'à jeter tant de rois dans les fers. Qu'à fcVre impunément gémir tout l'univers? Et que >wvis avoient fait tant de villes captives. Tant de morts dont l'Hydaspe a vu couvrir ses rives? Qu'ai-je fait, pour venir accabler en ces lieux Un héros sur qui seul j'ai pu tourner les yeux? A-t-il de votre Grèce inondé les frontières? Avons-nous soulevé des nations entières.
Et contre votre gloire excité leur courroux? Hélas! nous l'admirions sans en être jaloux. Contents de nos États , et charmés l'un de l'autre. Nous attendions un sort plus heureux que le vôtre : "^orus bornoit ses vœux à conquérir un cœur Qui peut-être aujourd'hui l'eût nommé son vainqueur Ah ! n'eussiez-vous versé qu'un sang si magnanime , Qaand on ne vous pourroit reprocher que ce crime, Ne vous sentez-vous pas, seigneur, bien malheureux I D'être venu si loin rompre de si beaux nœuds? Non, de quelque douceur que se flatte votre âme. Vous n'êtes qu'un tyran.
ALEXANDRE
Je le vais bien , madame < Vous voulcs que, saisi d'un indigne courroux. En reproches honteux j'éclate contre vous. Peut-être espérez-vous que ma douceur lassée Donnera quelque atteinte à sa gloire passée. Mais quand votre vertu ne m'auroit point charmé, Vous attaquez, madame, un vainqueur désarmé.
i(* ALBXANÔRB.
Mon âme, malgré volts à vous plaindre engagée, Respecte le malheui- 0(1 votis êtes plongée. C'est ce trouble fiital <]ui vous feriîie leà yeux. Qui ne regàl-de en mW (}u*ûn t5'ran odieux. Sans lui vous âvWueHei que lô Sahg et les larmes N'ont pas toujours ètjuillé là gloire de rtieà àt-mesj Vous xorriéi.i.
AXTANi:.
Ah ! seigneur, pui*-jé ne le? point tdli Ces vertus dont l'éclat aigrit mon désespoif ? N'ai-je pas vu partout la victoire modeste Perdre avec vous l'orgueil qui là rend si funeste? Ne voîs-]e pas le Scythe et le Pcii?é abattu* Se plaire sous le Jbug et var tel- vos vertuà, Et disputer etlfin, pîli* une àVeugle envie» A vos propres shjetfe lé soin de votre vie? Mais que sert â ce cœur qiié vous perséciitèz De voir partout ailleurs adorer vos bontés? Pensez-vous ^hé ma haine eh soit hioins violente Pour voir baîkeY partout la main qui me tourmente? Tant de rois par vos soins vengés ou secourus, Tant de peuples contents, me rendent-ils Porus? Non, seigneur t je vous hais d'autant plus qu'on vous ainf)6^ D'autant plus qu'il me faut volis admirer moi-même '4 Que l'univers entiei" tn'en impose la loi , Et que personne ehfiil tie Vous hait avec moi.
J'excuéé les tratiSpttf-t* d'une amitié si tendre;
Mais, madame, apri^s tout, ils doivent rtie 8urt)retlâfe :
Si la comrhune voix né m'a point abusé,
Porus d'aucun regafd ne fut favorisé;
Entre Taxile et lui Vbtre cûBui- en balance;,
Tant qu'ont iuYê Siss jours, a gardé le silence;
Et lorsqu'il ne peut plus vous entendfe aujourd'htil^
Vous commencez, madàihè, à prononcer pour lui.
Pensez-vous que, sensible à cette ardeur nouvelle.
Sa cendre exige èncot que vous brûliez pour elle?
Ne vous accablez point d'inutiles doilleurs;
Des soins plus importaUtti tobs àpptelleht ailleurs.
1. Pompée, dans CorneiUe, tient à ëértcKtU ilà làfagage à pim prto semblable. (Acte lit*, «c. S*.) (At M.)
AGTB IV. 10-*
Vos larmes ont asseï honoré sa mémoire s Régnez, et de ce rang soutenez mieux la gloire; Et, redonnant le calme à vos sens désolés. Rassurez vos états par sa chute ébranlés. Parmi tant de grands rois choisissez-leur un maître. Plus ardent que jamais, Taxile...
A^LIARB.
Quoi! le traître I
ALEXANDRE
Eh ! de grâce , prenez des sentiments plus deu» i
Aucune trahison ne le souille envers vous.
Maître de ses états, il a pu se résoudre
A se mettre avec eux k couvert de la foudro.
Ni serment ni devoir ne l'avoient engagé
A courir dans l'abîme où Porus s'est plongé.
Enfin, souvenez-vous qu'Alexandre lui-même
S'intéresse au bonheur d'un prince qui vous aim&i
Songez que, réunis par un si juste choix,
L'Inde et l'Hydaspe entiers couleront soui vos l»ii j
Que pour vos intérêts tout me sera facile
Quand je les ven-ai joints avec ceux de Taxile.
Il vient. Je ne veux point contraindre ses soupirs }
Je le laisse lui-même expliquer ses désirs :
Ma présence à vos yeux n'est déjà que tropjrude :
L'entretien des amant« cherche la solitude ;
Je ne vous trouble ooint i.