DON JORGE, DON A FLORINDE
DON A FLORINDE
Vous savez ce' qui est arrivé depuis hier. L'infant s'est livré au roi, ce frère l'a condamné, on l'exécutera demain, je ne veux pas! Avez-vous un moyen de le sauver?
DON JORGE
Madame, ce n'est pas cela que je suis venu écouter*
DONA FLORINDE
Ce que vous êtes venu écouter, vous l'apprendrez assez tôt. Je voudrais n'avoir pas besoin de vous le dire ! Un moyen! J'en aurais bien un si vous vouliez. Ouvrir une prison, forcer une porte de ville, jeter l'infant dehors avec un cheval, des éperons et une épée, qu'est cela pour vous, accoutumé aux assauts et aux batailles? Hier, je vous contemplais. Le nombre ne vous gêne pas. Seul contre tous! et ils ont reculé. Ce n'est pas votre mère qui a décidé l'alcade, c'est vous.
DON JORGE
Vous avez pensé, sans doute, que j'exigerais la preuve?
DONA FLORINDE
Il le faut donc? Ce sera infâme; mais ce sera votre i. 11.
faute. J'ai fait ce que j'ai pu; j'ai tâché de secourir mon mari autrement. On me le tue, je ne vois qu'une chose : c'est que, si don Pèdre mourait, mon mari ne mourrait pas. Il régnerait. Mais moi, je ne suis qu'une femme, je frapperais mal. J'ai eu beau tout offrir, personne n'a voulu me servir contre don Pèdre. Alors, je me suis dit qu'il faudrait quelqu'un à qui don Pèdre eût fait un tel outrage qu'il n'y eût plus de roi, qu'il n'y eût plus qu'une offense et une épée. Vous punirez l'insulteur, je vous connais, mon mari vivra. Mais j'aimerais mieux qu'il vécût par un autre moyen. Ne me forcez pas à cette action. Faites que l'infant ne meure pas, et oubliez ce que je vous ai dit hier. J'étais folle, voulez-vous?
DON JORGE
J'attends que vous me parliez.
DONA FLORINDE
Mais je vous parle, don Jorge!
DON JORGE
Non. Hier, vous me dites que je n'ai plus d'honneur, et, ensuite, que vous avez un secret à me révéler. Vous me faites venir la nuit, comme si ce secret redoutait le soleil. Et quand j'arrive, plein d'inquiétude et de colère, vous me racontez je ne sais quoi, la mort de l'infant, des choses insignifiantes. Que m'importe votre infant? Je ne suis pas venu pour causer de votre infant. Vous m'avez mal parlé de mon honneur. Vous allez me dire ce que vous savez, et vous allez m'en donner la preuve. Je le veux, enten-