LA COUR
(( AMQU! )) (tous viennent se ranger autour de la fosse.)
( Un des moines, en passant devant don Jorge, soulève son capuchon. )
DON JORGE
Dona Florinde!
DON A FLORINDE
Votre promesse attend. ( On pose le cercueil à terre. ) DON JORGE, au roi.
Seigneur, vous demandez quel est le mort qu'on enterre? Vous allez le connaître. Vous verrez que je ne vous ai pas dérangé pour un enterrement vulgaire et que ceci valait une assistance royale. Ouvrez le cercueil. ( on ouvre la bière. )
LE ROI
Vide! Où donc est le cadavre?
DON JORGE
Je vais vous le dire. Seigneur, vous m'avez fait grâce, donc je suis désarmé devant vous, et l'affront est ineffaçable. Mon honneur est mort. Eh bien, les morts, on les enterre. Ce qui se fait ici, c'est l'enterrement de mon honneur! Je sais que ce n'est pas l'usage, et qu'on réserve les deuils et les cérémonies pour la mort du corps. Si c'était ma chair qui eût péri, les yeux n'auraient pas assez de larmes et la bouche pas assez de psaumes. Mais la partie supérieure de mon être, la joie, l'espérance, le nom rayonnant, la fierté que j'avais au front comme un panache, qu'est cela pour être pleuré? Moi, je pense autre-
m LES FUNÉRAILLES DE L'HONNEUR, ment. J'estime mon âme autant que mon corps, et mon honneur était ma vraie vie. Donc, le cloître a été tendu de noir, et les cierges se sont allumés par milliers, et les cloches ont sangloté. Ce spectacle aura été donné une fois d'un homme qui regarde la honte comme la mort, et qui fait des funérailles à son honneur! — Descendez le cercueil.
(Pendant que tous les yeux sont fixés sur le cercueil et sur don Jorge, dona Florinde s'est insensiblement rapprochée du roi. Seule, dona Beatriz l'a remarquée et suivie. )
DONA FLORINDE, à part.
Puisque l'infant n'a plus que moi».. (Eiie tire de son sain
un couteau. Au moment où elle frappe, dona Beatriz se jette entre elle et le roi, et reçoit le coup.)
DONA BEATRIZ.
Ah!
LE ROI
Qu'y a-t-il?
DONA FLORINDE
Il y a deux femmes qui vont mourir, moi pour l'infant, elle pour vous. (Eiie jette ie couteau.) Tenez.
Beatriz !
DON JORGE, à dona Florinde.
Malheureuse !
DONA FLORINDE
Il fallait frapper vous-même !
LE ROI
Emmenez cette femme.