ACTE DEUXIÈME
Endetté pour longtemps? Plats et flacons exquis, L'ai-je gorgé de tout afin d'être sa cible? Quant au porc, j'ai cru faire une chose possible En blâmant sur un point un repas que j'offrais. D'ailleurs, louer un porc dont je faisais les frais, C'eût été comme si je me louais moi-même. Mais je n'attaque pas le porc aux choux. Je l'aime. Toi-même as pu le voir, j'en ai mangé beaucoup. Trop peut-être. En un mot, j'ai blâmé par bon goût, Parce que c'était moi qui payais la partie. J'ai rabaissé le porc par pure modestie.
MINOTORO.
Tu peux avoir raison, mais je ne ferai pas Dire que je me suis vendu pour un repas.
JRA GALD ABAS.
Comment?
MINOTORO.
Ton vin était trop bon, il faut te battre.
T RAG ALDAB AS.
Mais...
MINOTORO.
C'est vrai, pour un duel nous ne sommes pas quatre. Je serai ton témoin ; mais il faudrait au moins Que chacun en eût un.
TRAG ALDAB AS.
Pardieu! pas de témoins!
GRIF.
J e vois un cavalier qui promène une dame. Je vais lui demander...
TRAGALDAB AS.
TRAGALD AB A S.
Grif, vous n'avez point d'àme .
Moi qui vous ai grisé, vous voulez m'égorger I
Eh bien ? tu m'as donné le boire et le manger, Je te rends le dormir !
TRAGALDABAS
Je t'offre des excuses
Dans les journaux.
GRIF.
Tais-toi, car vraiment tu m'amuses .
Il sort.
MINOTORO
ïragal! ce Grif qui va s'escrimer avec toi
Est le meilleur tireur que je sache, après moi.
Encore maintenant tous les jours il s'exerce,
Et pour venir chez moi s'arrache à son commerce
De poissons érudits et de singes parlants
Qu'il instruit pour les vendre aux acteurs ambulants.
Il possède surtout une botte secrète !
Je t'ai dit que j'étais maître d'armes ; complète
Ton respect de sa force et pèse ce qu'il vaut
En apprenant qu'il va devenir mon prévôt.
Toi, tu m'as dit jusqu'où l'escrime t'est connue.
Il est donc évident que ton heure est venue.
Embrassons-nous.
TRAGALDABAS, frissonnant.
Sa voix a le froid de mon glas.
Ils s'embrassent.