ACTE TROISIÈME
Le seul point qui dépare un si beau caractère,
Une incapacité terrible de se taire,
A laquelle je dois une indiscrétion
D'où mon petit esprit, par une induction
Que vous seul comprendrez, a conclu qu'une femme
A qui vous offririez votre vie et votre âme
Serait sage d'en rire aux éclats... Mais j'ai tort,
Vous allez en vouloir à mon mari.
DON ELISE O, à part.
Butor!
TRAGÀLDABAS, ne pouvant plus se taire.
Je n'ai pas dit!...
DONA CAPRINA.
Daignez lui pardonner...
TRAGALDABAS
Je jure...
DON ELISE 0, à part. Furieux.
Brute !
- DONA CAPRINA.
C'est sans malice et par enfance pure...
DON ELISE 0, à part.
Idiot!
DONA CAPRINA.
Qu'il vous a dénoncé.
TRAGALDABAS, hors de lui.
Que le ciel
Tombe si j'ai parlé du duel !
DONA CAPRINA, avec un cri.
Ah ! c'est le duel :
80 TRAGALDABAS
DON ELISE 0, à part.
Elle ne savait rien !
TRAGALDABAS, accusant don Eliseo.
Bien fait !
Moment de silence.
DONA CAPRIN A.
On ne voit guère Les gens rougir d'un duel, et l'usage vulgaire Est qu'au lieu de le taire ils courent l'afficher. Qu'est-ce que celui-ci peut avoir à cacher?
TRAGALDABAS, à part.
Elle y vient!-
DON ELISEO, décontenancé.
Qu'aurait-il?
DONA CAPRINA.
Pas même une amourette?
DON ELISEO.
Oh! non!
DONA CAPRINA.
Alors, je n'ai pas peur d'être indiscrète, Et je demanderai que vous me racontiez L'aventure de point en point.
DON ELISEO.
Très volontiers.
Mais...
TRAGALDABAS, à dona Caprina.
Ça vous ennuira. Les duels, c'est bon pour l'homme. Vous, ça vous fera peur.