ACTE QUATRIÈME. 97 DONA CAPRIN A
C'est le cas d'y courir si vous êtes jaloux ; Vous connaîtrez celui dont le charme m'appelle, Et je vous autorise à lui chercher querelle.
TRAGALDABAS
Je le ferais sans peur maintenant !
DONA CAPRIN A.
Maintenant?
TRAGALDABAS
Sans doute! puisque...
DON ELISEO, bas.
Chut !
TRAGALDABAS, à part.
C'est vrai.
Il se tait.
Puisque?
TRAGALDABAS, regardant le ciel.
En venant
J'aurais cru qu'il pleuvrait.
DONA CAPRINA, à don Eliseo.
Sachant ce qui m'amène, Vous comprenez qu'un bois où nulle forme humaine Ne passe est justement le contraire du lieu Dont j'ai besoin. Mais si vous avez faim, — adieu.
DON ELISEO.
Je n'ai faim que de vous !
98 TRAGALDABAS
D0NA CAPRINA, à Tragaldabas.
Allons.
TRAGALDABAS
Je vous escorte,
Puisqu'il le faut.
Il se dirige vers le chalet.
DONA CAPRINA.
Par là?
TRAGALDABAS
Je ferme cette porte.
Allez toujours devant, je vous rejoins.
DONA CAPRINA, à don Eliseo.
Venez.
Ils s'en vont tous deux.
TRAGALDABAS, seul.
Il regarde dans le chalet et tombe en extase.
Oh ! quel festin ! — Avoir tout cela sous le nez Sans pouvoir y toucher ! quand le maître me prie ! Je vois sortir de terre un dîner de féerie, Et je me sauve ainsi que devant un fléau ! Moi! — Si j'étais certain que don Eliseo Ne saurait pas qui c'est... — Il le saurait, j'atteste Qu'il n'aurait rien à dire: il m'invite, je reste! Puis, je lui répondrais — il ne veut pas ma mort — Que je mourais de faim ! Fruits où ma bouche mord Déjà, vins qui brûlez de couler dans mon verre, Quoi ! vous auriez trouvé Tragaldabas sévère !