TRAGALDABAS, JACINTHA
TRAGALDABAS
Manger dans l'ombre est chose lamentable. Mes yeux ont faim aussi. Dût-on me voir, au diable Ces volets !
Il les ouvre tout grands. — Tout à coup.
Une femme !
Reconnaissant Jacintha.
Elle ! 11 ne me manquait Que ce dessert! Elle est seule!
Il saute par la croisée.
Elle a mon bouquet!
Il vient jusqu'à elle.
Jacintha !
m TRAGALDABA S.
JAGINTHA, se retournant.
Vous!
TRAGALDABA S.
Merci !
JAGINTHA.
De quoi?
TRAGALDAB AS.
D'être venue.
Ma présence en ce lieu t'était donc...?
JACINTHA
Inconnue.
TRAGALDAB AS.
Tant mieux ! car c'est alors le pur instinct du cœur Qui te mène où je suis. Ton doux rire moqueur Veut nier ton amour, — mais ce bouquet l'avoue.
JAGINTHA.
Bah !
TRAGALD ABAS.
Tu l'as accepté! Sans trop faire la roue, Un cavalier de qui l'on daigne recevoir Les fleurs...
JACINTHA
C'est vous?
TRAGALD ABAS.
Tu feins de ne pas le savoir, Parce que je n'ai pas dit mon nom à ton dogue ; Il ne se prête pas beaucoup au dialogue ; Mais il t'était aisé de deviner, je crois.
JACINTHA
Quoi?
TRAGALDABAS
Que les trois bouquets étaient de moi.
JACINTHA
Les trois?
TRAGALDABAS
Ton portier en a-t-il gardé pour les revendre? Voleur !
JACINTHA
Ah! maintenant je commence à comprendre. Vous êtes donc venu chez moi?
TRAGALDABAS
Je m'y rêvais, Chez toi. Mais ton portier a le regard mauvais. J'y suis allé trois fois, sans fracas ni mystère. Il faudra demander à ton propriétaire De le changer, ou bien nous déménagerons. J'étais poli, même humble, et c'est avec jurons Qu'il m'a dit les trois fois : « Elle n'est pas chez elle! » Mais je te tiens! Vivons heureux! Viens, ma gazelle. Viens! Nous commencerons par changer ton portier. Oui, si tu l'ignorais, c'est moi ton bouquetier.
JACINTHA
Eh bien, voilà des fleurs dont je vous remercie!
Je vous avais pourtant dit quelle frénésie
Est celle de mon frère. Et vous êtes venu
Chez moi tout droit, avec un bouquet ingénu !
Et vous recommencez tous les matins vos frasques !
Et moi, depuis trois jours, je subis des bourrasques
114 TRAGALD AB AS.
Dont j'ignore la cause! Et ce n'est pas assez! Pour jouir des transports que vous nous amassez. Quand mon frère est au point que veut votre manège. Vous venez maintenant nous faire prendre au piège!
TRAGALD A BAS.
Au piège?
JACIXTHA.
Oui, c'en est un que mon frère nous tend! Je m'en doutais ! Fuyez!
TRAGALD ABAS.
Par exemple !
JACIXTHA.
A l'instant !
TRAGALD ABAS, fièrement.
Je ne fuis plus!
JACINTHA
Très lier: mais moi. je vous l'ordonne! Vos bouquets, croyez-vous, voyons, qu'on me les donne? Je ne les ai pas vus! hors celui d'aujourd'hui, Que mon frère est venu m'ofYrir comme de lui...
Offrir les fleurs d'un autre! Ah! fi donc!
JACIXTHA.
Sa colère
Nous ménage à tous deux quelque peine exemplaire:
Jamais comme aujourd'hui je ne l'ai vu bourru.
Une minute avant que vous ayez paru,
Il était ici même, avec un capitaine
De ses ami-: ils sont allés, j'en suis certaine.