‹ Théâtre complet de Beaumarchais, réimpr. des éd. princeps, avec les variantes des MSS. originaux (volume 2)Chapitre 178 sur 184 · DE MÉLAC, PAULINE, AURELLY, SAINT-ALBANS · texte numérisé non relu

DE MÉLAC, PAULINE, AURELLY, SAINT-ALBANS

De M^lac.

Vous voulez me parler, Messieurs; mais, avant tout, je vous préviens que, si votre dessein est de m*arracher mon secret, c'est vainement que vous l'entreprendrez.

AURELLV.

Écoutez-nous au moins sans conditions.

Pauline.

Le cœur me bat.

Saint-Albans.

Une jeune personne qui a pour vous, Monsieur, beaucoup de vénération, v^e remet à votre acquit cent mille écus, qui composent toute sa fortune.

AuRELLT.

Et une autre personne à qui votre &ute a fiait perdre beau-

coup de l'estime qu'elle avait pour vous (car il fiiut être vrai !), qui biftme tout haut votre conduite, mais qui vous c'cne encore, a la fiûblesse de vous offirir le reste.

De MiLAc les regarde tous.

L'une est troublée.... l'autre est radieux... Ne me laissez pas en suspens.

Saint-Auiams,

Le mot de l'énigme est d'embrasser vos deux bienfidteurs.

De MàuiC, retenant sa joie.

Mes amis.... comment se peut-il? De qui tenez-vous, chère enfant, une aussi forte somme ?

Pauune, confiise.

De mon père.

De M^lac.

Cet argent était*;...

AURELLY,

Dans un portefeuille.

De Mélac , à part.

O vertu! voilà ta récompense. (Haut,) Mes amis, mes généreux amis, j'accepte vos bienfaits, je les accepte avec joie, Pauline! Aurelly ! C'est vous qui payez pour moi!...

AuRELLY, à part.

Oh ! oh ! voici qui me déplaît !

De Mélac.

Oh jour, jour heureux! Pardonnez-moi l'ivresse

Aurelly , avec un sourire dédaigneux.

Peut-être se modérera-t-elle quand vous saurez à quelle condition monsieur reçoit nos offires et s'engage au silence.

De Mélac.

Il n'en est point que je n'embrasse avec ardeur.

AuftBLLY y fermement.

La démission de votre emploi.

De MéLACy après un peu de silence.

Avant votre départ, Monsieur, je vous la remets; mais souffrez qu'un jour aussi fortuné ne soit troublé par aucune réflexion fftcheuse.

AuRELLY , à part.

Tout cela est sans délicatesse.

Saint- Albans , à De Mélac,

La jeune personne, Monsieur, que vous voyez craintive et troublée, ne devrait pas Tétre après une action si généreuse ; mais il y a dans le monde un jeune homme

De MéLAC.

Je suis garant qu'il Tadore, et ma plus fone envie senûl de les unir, si mon ami ne s'y opposait pas.

Aurelly, austèrement.

Savez-vous qui elle est?

De Mélac y avec ejfusion.

C'est toi qui me l'apprends, mais j'aurais dû le deviner : le cœur d'un père se trahit mille fois le jour ; elle est ta fille, ta généreuse fille, et c'est à ce titre que je te la demande pour mon fils.

Aurelly , d*un ton amer.

Vous me la demandez ?

Pauline , à De Mélac,

Ah, monsieur! la reconnaissance égare votre noble cceur.... Songez....

Db MéLAC.

Pauline ! Pauline ! on ne chicane pas avec ses bienfaiteurs. Quel titre vaut l'action qui vous illustre? et qu'importe la naissance à qui réunit tant de vertus? Puisse mon fils m'acquitter en vous rendant heureuse. (77 Vemhrasse)

PkV^MLtr j à Saint'-Albans {à part).

Ce philosophe si élevé, cet homme si noble, si fier, est devenu tout à coup bien accommodant : femme, argent, service, tout lui convient.

Saimt Albans.

Je vous l'ai dit, vous allez un peu vite.

Au&ELLY.

Je commence à le croire.

Suit la scène VIII, conforme aux schnes IX et X de Vimprimé,

Var. LXX.

Voici la scène IX et dernière, telle qu'on la lit dans le manuscrit :

MÉLAC. Tous LBS ACTEtins pfticâoBirrs.

M^LAc, surpris.

Aux pieds de mon père.

De M^lac, troublé.

Mes amis.... Dabins, vous m'avez trahi 1

Dabuts, joyeux.

Cela est vrai,

MiLAC.

De quoi s'agit-il donc?

De M^LAC, attendri.

Pauline, Aurelly, finissez.

AURELLY.

Je dois expier les indignes soupçons....

M^LAC, impatient.

Monsieur de Saint-Albans, Dabins, parlez donc I

Dr MéLAC.

Mon fils, aide-moi à remettre ces amis dans mes bras.

MéLAC, relevant Pauline, Il consent à notre union ?

Pauline.

C'est le moindre de ses bienfûts.

AURBLLY.

II se perdait pour moi.

De MiLAC le relève.

Mais toi?

AURELLT.

Peux-tu comparer de l'argent lorsqu'il t'en coûtait l'état et l'honneur ?

De MiLAC.

Je m'acquittais envers mon bienfaiteur malheureux. Mais toi, dans tes soupçons, devais-tu quelque chose à ton coupable protégé?

M^LAC, à Dabins,

C'est donc à la caisse que les fonds ont été portés ?

Dabins.

Vous l'entendez.

MiLAC , embrassant tout le monde.

Ah mon père !

Saint- Albans.

Eh bien ! Monsieur Aurelly, puis-je accepter vos papiers ?

AuRELLT, douloureusement.

Vous serez satisfait. Mon premier sentiment lui était bien dû, et le second me rend tout entier à mon malheur.

De MiLAC.

A son malheur?

Pauline , opec effroi.

Comment?

AUHELLT.

Je n'avais à vous offrir pour mon ami que des effets qui sont suspendus, je les reprends. Votre argent est encore dans ma caisse, et Dieu me garde d'en abuser! Dabins, reportez-le chez M. de Mélac, et moi je vais subir mon sort.

De MéLAC , avec chaleur.

Arrêtez, je ne le reçois pas. Monsieur de Saint-Albaas, il serait horrible à vous d'abuser d'un secret que vous ne deviez qu'à notre confiance. Non, je jure que Targent n'y rentrera pas !

AUBSLLY.

Qu'est-ce à dire, Mélac i me croyez-vous assez indigne h...

De MéLAC , à Saint' Albans.

Vous voyez que votre débiteur est solvable et plein d'honneur. Je vous ai demandé du temps ce matin : si vous n'êtes pas le maître d'en accorder, voilà le reçu de son caissier (i7 le déchire), il n'y a plus de trace, et je désavoue tout ce que je viens d'entendre. Achevez de me traiter comme un receveur infidèle.

AUEELLY.

Je ne crains pas qu'il prenne ce parti.

De MéLAC, à Saint- Albans\

Monsieur, c'est le seul que l'honneur vous permette d'embrasser.

AtTEELLY, à Saint^Alhans.

Aujourd'hui l'argent sera chez vous.

I. Tout ce qui suit jusqu'à : htéîaCy vous m'aime^ véritablement f ^a débite rapidement, seloD le Manuscrit.

Db MiLACy au désespoir, Aurellyl malheureux Dabins!

AuRBLLY, à De Mélac,

Veux- tu me causer plus de chagrin que tu n'as espéré de m'en épargner?

MiLAC.

Monsieur de Saint-Albans !

Pauline.

Vous aimez la vertu >

Db MéLAC.

Laisserez*vous périr son plus digne soutien r

MÉLAC

Exigez tout de nous.

De Mélac.

Nos biens, nos places, notre vie.

Mélac.

Un prix plus cher à votre cœur, la main de Pauline.

Pauline , prenant la main de Mélac.

Mélac, vous m'aimez véritablement?

AuRBLLY , criant.

Que faites-vous?.... etc.

Ce qui suit est conforme à la pièce imprimée jusqu^à :

Tous ENSEMBLE.

Nous jurons de l'accomplir !

Saint- Albans.

Le voici. {A De Mélac.) Homme rare et sublime, en qui la philosophie n'a point éteint la sensibilité, conservez votre place, honorez-la longtemps. J'obtiendrai pour votre fils l'adjonction de la mienne {A Aurelly,) Aurelly, vous n'avez plus d'autre créancier que moi, gardez l'argent. Je pars. Vos effets seront reçus en payement...., ou je supplée à tout.

AUIIKLLY.

De vos deniers ?

Smnt-Albans.

Nous compterons à mon retour. {JU expriment tous leur ad' miratiottf chacun selon son caractère.)

ArRFIXY.

Monsieur, je me sens digne d'accepter ce service , car, à votre place , j'en aurais fait autant. Pressez donc votre retour, venez marier ces jeunes gens que vous comblez de biens. Je jure que rien ne me coûtera pour que la fête soit charmante.

De M^lac.

Je sais un moyen * de la rendre parfaite. Unissons-les ce soir même, et versons sur les malheureux tout l'argent destiné à cette fête.

AURKLLY.

Bon cela!

De MéLAC.

Les généreux jouissent plus de leurs bien&its que les fastueux de leurs dépenses.

Saint- Albans.

Messieurs, toute la France vient d^admirer, en deux de nos princes, un pareil trait au mariage de leurs enfants. Ils ont préféré, comme vous, les bénédictions de lUndigence à la joie bruyante des convives.

AURCLLV.

Excellent !

De Mélac.

Nous rignorions ici.

I . Le manuscrit de la Comédie-Française porte le mot moment^ évidemment mi» là pour moyen.

Ma foi, vivent ces Princes-là! Plus un bon exemple part de haut, plus il éclate au loin; il en vaut mille pour l'effet. Mais, s'ils ont éti assez heureux pour le donner, nous gérons assez honnîtes gens pour le suivre.

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