‹ Théâtre complet de Beaumarchais, réimpr. des éd. princeps, avec les variantes des MSS. originaux (volume 2)Chapitre 90 sur 184 · I. Ce Pin était comédien pensionnaire · texte numérisé non relu

I. Ce Pin était comédien pensionnaire

3. Voyez le précieux ouvrage de M. de Loménie, tome I, pages 5io et suivantes.

3. Elle ne le fit que quatre ans après, mais à différentes reprises (juin et août 1781) Beaumarchais reprocha vivement anx comédiens leur manque de parole.

« L'espèce d'oubli (oubli local toutefois) où votre ouvrage est resté, peut être est moins sa foute que celle des circonstances. Vous-même (à ce qu'on dit) avez négligé de l'en tirer : on djix que voua n'avez jamais parlé de la reprise de ce Drame attendrissant, joué partout avec un succès qui reproche à la capitale et ses jugements précipités, et cet esprit de parti armé souvent contre les productions les plus estimables.

« S*il se trouve parmi nous, parmi les amateurs du bon genre, quelques détracteurs de ce genre intéressant que Ton condamne en pleurant, quelques ennemis de ces pièces si fort dans la nature, si morales, si touchantes, aux représentations desquelles le public maladroit se porte ordinairement en foule, j'espère que la recette appaisera leur bile, désarmera leur colère, et qu'ils pardonneront à l'auteur du Barbier de Séville et d'Eugénie d'avoir le double talent, ce talent si rare, de &ire rire et d'arracher des larmes.

« Tous mes camarades souscrivent de grand cœur à la dis-* tribution que vous faites de vos rôles. Mole n'a point encore prononcé sur Mélac fils et sur Saint-Alban. Quoique je sache le premier, quoiqu'il m'ait fût quelque honneur, s'il en conserve la possession, l'honnête fermier général satisfera mon ambition; je m'efforcerai de n'être point au-dessous de la noblesse de son ftme. Fuissé-je vous convaincre. Monsieur, par mon zèle et mon activité , que personne plus que moi ne rend justice aux talents variés et charmants dont vous avez donné tant de preuves, à cette touche originale et piquante qui vous caractérise, et au mérite réel des ouvrages divers dont vous avez enrichi notre littérature.

•( J'ai l'honneur d'être , avec toute la considération possible ,

m Monsieur, «« Votre très-humble et très-obéissant serviteur.

•( Signé : Boutet de Monvel. »

Ce «4 novembre 1779.

— ai3 —

Mademoiselle Doligny à Beaumarchais.

n Monsieur,

u Je ne saurais trop vous remercier de tout ce que vous avez dit de moi dans la lettre que vous avez écrite à la Comédie au sujet des Deux Amis, Tous mes camarades ont été enchantés de la gaieté et de Tesprit qui brillent dans votre lettre. J*at été plus enchantée qu'eux tous, mais c'est de votre amitié et de vos bontés pour moi. M. de Grammont, dont vous connaissez les qualités et les talents, m'engage à vous demander une grâce, c'est de faire donner un ordre de début ou un engagement, par les actionnaires de Bordeaux, à M"** Linguet, qui se trouve à présent à Bordeaux. Elle a été deux ans à la Comédie^Iulienne, et n'en est sortie que par rapport à son mari. M. de Grammont, qui vous donnera ma lettre, vous expliquera l'afiaire plus en détail. Faites placer, je vous prie, M™« Linguet; c'est votre Eugénie, votre Rosine, votre Pauline, c'est la comtesse Almaviva*, qui vous sollicitent : j'ose espérer que vous aurez quelque égard à leur recommandation.

« Recevez les témoignages de l'estime, de l'attachement et de la reconnaissance avec lesquels je suis pour la vie ,

« Monsieur,

« Votre trèfr humble et très-obéissante servante.

« Signé : Doligny. •

Le drame des Deux Amis, nous l'avons dit, fut repris en 1783, et joué seulement deux fois^ sans le moindre succès.

Nous allons maintenant dire quelques mots du texte que nous avons suivi, et des variantes entièrement inédites que nous publions.

Le texte est celui de Védition originale, parue en octobre 1 770, cAef la veuve Duchesne et che:^ Merlin^ édition pu-

I. Mn« Doligny possédait sans doute déji ce rOle, en promesse da moins.

bliée, s*il faut en croire Fréron *, aux frais de Beaumarchais •. Nous l'avons scrupuleusement reproduite, sans même en excepter de la musique de /'andante de la première scène f musique qui pourrait bien être de Beaumarchais luimême. Quant aux variantes, elles nous ont été fournies par le manuscrit qui fait partie des archivas de la Comédie- Française*, Ce manuscrit^ non autographe^ plein de roccords, dictés au copiste par Beaumarchais lui-même^, a certainement servi aux représentations des Deux Amis; la note suivante, qu*on lit à la fin, paraît en faire foi:

J'ai lu par ordre de Monsieur le Lieutenant-général de Police les Vrais Amis, Drame en cinq actes et en prose^ et je crois qu'on en peut permettre la représentation. A Paris, ce i8 avril 1769 : Marin. Vu l'approbation. Permis de représenter, le 28 avril 1769 : De Sartines*.

Ce manuscrit est donc en même temps celui qui a été offert à Vexamen de la Censure, et les raccords qu'il renferme* sont les divers changements exigés par les Co* médiens après la quatrième représentation. Tel qu'il esty il diffère encore beaucoup de la pièce imprimée^ et ce sont

1. Tome VI de son Année littéraire de 1770. L'édition porte comme épigraphe ce passage extrait de la scène vu de l'acte IV de la pièce :

« Qn'opposerez-vous aux faux jugements, à riojure, aux clameurs? « Rieal »

Ce passage ne se trouve pas dans le manuscrit que nous avons sous tes yeux.

2. Nous le croyons assex, car nous avons retrouvé sur cinq on six exemplaires des Deux Ami$ le même paraphe fait à la main au bas du titre du volume. On pourrait voir là comme une marque de propriété.

3. Carton 97. Quand ces variantes portaient sur un mot, aur une inversion de phrase, nous avons jugé inutile de les donner.

Page 1