SCENE III
Tous LES Acteurs précédens^SPINETTE, ODALISQUES, ESCLAVES DU SERRAI L des deux sexes.
Tout le Serrail entre et se range en haie; quatre Esclaves noirs portent Astasie couverte d'un grand voile noir^ de la tête aux pieds,
( On la dépose au milieu de la Salle.)
Chœur d'Esclaves du Serrail.
( On danse pendant le Chœur.]
Dans les plus beaux lieux de l'Asie, Avec la suprême grandeur.
L'amour met aux pieds d' Astasie Tout ce qui' donne le bonheur.
Ce n'est point dans l'humble retraite Qu'un cœur généreux le ressent*.
Et la beauté la plus parfaite Doit régner sur le plus puissant.
( On la dévoile.) Atar.
Que tout s'abaisse devant elle.
{On se prosternig,) Astasie.
O sort affreux, dont l'horreur me poursuit !
Du sein d'une profonde nuit
Quelle clarté triste et nouvelle!...
Où suis-je? Tout mon corps chancelle.
Dans le Palais d'Âtar.
Atar.
Calpigi, qu'elle est belle !
AsTAsiE, se levant.
Dans le Palais d'Atar ! Ah I quelle indignité I
Atar s* approche.
D'Atar qui vous adore.
Astasie.
Et c'est la récompense, O mon époux ! de ta fidélité !
Atar.
Mes bienfaits laveront cette légère offense.
ASTASlE.
Quoi, cruel I par cet attentat Vous payez la foi d'un Soldat Qui vous a conservé la vie !
Vous lui ravissez Astasie !
(Levant les mains au Ciel.)
Grand Dieu 1 ton pouvoir infini
Laissera-t-il donc impuni Ce crime atroce d'un parjure Et la plus odieuse injure !
O Brama! Dieu vengeur L..
(Elle s'évanouit. Des femmes la soutiennent» On l'assied.)
Quel effrayant transport !
Un Esclave, accourant.
Le voile de la mort a couvert sa paupière.
Atar tire son poignard.
Quoi! malheureux! tu m'annonces sa mort!
Meurs toi-même. (// le poignarde* .)
{Courant vers Astasie.)
Et vous tous, rendez à la lumière L'objet de mon funeste amour.
A sa douleur tremblez qu'il ne succombe ; Répondez-moi de son retour, Ou je lui fais de tous un horrible hécatombe.
AsTASiE, revenant à elle, apperçoit Vesclave renversé^
qu'on enlève.
Dieux 1 quel spectacle a glacé mes esprits!
Atar.
Je suis heureux, vous êtes ranimée.
* Lisez Chardin et les autres Voyageurs.
Un lâche Esclave par ses cris M'alarmait sur ma bien- aimée ; De son vil sang la terre est arrosée :
Un coup de poignard est le prix De la frayeur qu'il m*a causée.
AsTAsiE^ joignant les mains.
O Tarare! ô Brama I Brama!
(Elle retombe; on Vassied.)
Atak.
Dans le Serrail qu'on la transporte;
Que cent Eunuques, à sa porte,
Attendent les ordres dlrza*.
Cest le doux nom qu'à ma belle j'impose; C'est mon Irza, plus fraîche que la rose Que je tenais lorsqu'elle m'embrasa.
( Les Esclaves noirs portent Astasie dans le Serrail ; tous la suivent.)
* Le nom d'Ini signifie : La plus belle fleur des plus belles Jleurs écloses aux premiers soleils du printems de l'Orient de F Asie : tant les langues orientales ont d'avantages sur les nôtres. Lisez les Mille et une Nuits et tons les Contes Arabes.