‹ Théâtre complet de Beaumarchais, réimpr. des éd. princeps, avec les variantes des MSS. originauxChapitre 24 sur 167 · SCENE VI · texte numérisé non relu

SCENE VI

TARARE, ALTAMORT, ATAR.

Atar.

Que me veux-tu, brave Soldat ?

Tarare, avec un grand trouble,

O mon Roil prends pitié de mon affreux état. En pleine paix, un avare Corsaire Comble sur moi les horreurs de la guerre.

Tous mes jardins sont ravagés.

Mes Esclaves sont égorgés.

L'humble toit de mon Astasie Est consumé par l'incendie...

Atar.

Grâce au Ciel, mes sermens vont être dégagés ! Soldat qui m'as sauvé la vie , Reçois en pur don ce Palais

Que dix mille Esclaves Malais Ont construit d^voire et d'ébène ; Ce Palais, dont Taspect riant Domine la fertile plaine Et la vaste Mer d*Orient.

Là, cent femmes de Circassie, Pleines d'attraits et de pudeur, Attendront Tordre de ton cœur, Pour t*enivrer des trésors de l'Asie.

Puisse de ton bonheur Tenvieux s'irriter?

Puisse Vinfame calomnie Pour te perdre en vain s* agiter!*.,,

Altamort, bas^ Mais, Seigneur, ta hautesse oublie...

Atar, bas.

Je rélève, Altamort, pour le précipiter.

(Haut.) Allez, Visir, que Ton publie...

Tarare.

O mon Roil ta bonté doit se faire adorer.

Des maux du sort mon ame est peu saisie, Mais celui de mon cœur ne peut se réparer; Le barbare emmène Astasie.

Atar , avec un signe d'intelligence.

Quelle est cette femme, Altamort ?

* Ces deux vers ont été ajoatét après coup.

Altamort.

Seigneur, si j'en crois son transport, Quelqu' Esclave jeune et jolie.

Tarare, indigné.

Une Esclave I une Esclave ! excuse, ô Roi d'Ormus ! A ce nom odieux tous mes sens sont émus.

Astasie est une Déesse.

Dans mon cœur souvent combattu, Sa voix sensible, enchanteresse, Pesait triompher la vertu.

D'une ardeur toujours renaissante, J'offrais sans cesse à sa beauté, Sans cesse à sa beauté touchante, L'encens pur de la volupté.

Elle tenait mon ame active Jusques dans le sein du repos :

Ahl faut-il que ma voix plaintive En vain la demande aux échos ?

Atar.

Qu(5i! Soldat I pleurer une femme 1 Ton Roi ne te reconnaît pas.

Si tu perds l'objet de ta flamme, Tout un Serrail t'ouvre ses bras.

Faut-il regretter quelques charmes, Quand on retrouve mille attraits?

Mais l'honneur qu'on perd dans les larmes. On ne le retrouve jamais.

Tarars, suppliant.

Seigneur l

Atab.

Qu*as-tu donc £aiit de ton mâle courage?

Toi qu*on voyait rugir dans les combats ; Toi qui forças un torrent à la nage y En transportant ton maître dans tes bras !

Le fer, le feu, le sang et le carnage N*ont jamais pu t'arracher un soupir; Et Tabandon d*une Esclave volage Abbat ton ame et la force à gémiri

Tarare, vivement.

Seigneur, si j*ai sauvé ta vie-.

Si tu daignes t'en souvenir^ Laisse-moi venger Astasie Du traître qui l'osa ravir.

Permets que, déployant sesaîles, Un léger vaisseau de transport Me mène , vers ces infidèles.

Chercher Astaâe ou la mort.

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