‹ Théâtre complet de Beaumarchais, réimpr. des éd. princeps, avec les variantes des MSS. originauxChapitre 65 sur 167 · I. On lit dans la lettre : desséchait · texte numérisé non relu

I. On lit dans la lettre : desséchait

Au reste , sans tenir à nul parti , à nulle secte, la Mère coupable est un tableau des peines intérieures qui divisent bien des familles^ ; peines auxquelles malheureusement le divorce, trèsbon d'ailleurs, ne remédie point. Quoi qu'on &sse, ces plaies secrètes il les déchire au lieu de les cicatriser. Le sentiment de la paternité, la bonté du cœur, l'indulgence, en sont les uniques remèdes. Voilà ce que i*ai voulu peindre et graver dans tous les esprits.

Les hommes de lettres qui se sont voués au théâtre, en examinant cette pièce , pourront y démêler une intrigue de comédie, fondue dans le pathétique d'un drame. Ce dernier genre, trop dédaigné de quelques juges prévenus, ne leur paraissait pas de force à comporter ces deux élémens réunis. L'intrigue, disaient-ils, est le propre des sujets gais, c*est le neif de la comédie : on adapte le pathétique à la marche simple du drame, pour en soutenir la faiblesse. Mais ces principes hasardés s'évanouissent à l'application, comme on peut s'en convaincre en s'exerçant dans les deux genres. L'exécution plus ou moins bonne assigne à chacun son mérite ; et le mélange heureux de ces deux moyens dramatiques employés avec art peut produire un trèsgrand effet; voici comment je l'ai tenté.

Sur des événements antécédents connus (et c'est un fort avantage) j'ai fait en sorte qu'un drame intéressant existât aujourd'hui entre le comte Almaviva, la comtesse et les deux enfants. Si j'avais reporté la pièce à l'âge ihconsistant où les fautes se sont commises, voici ce qui fût arrivé.

D'abord le drame eût dû s'appeler, non la Mère coupable, mais l'Épouse infidèle^ ou les Époux coupables : ce n'était déjà plus le même genre d'intérêt ; il eût fallu y faire entrer des in* trigues d'amour, des jalousies, du désordre, que sais-je ? de tous autres événemens : et la moralité que je voulais faire sortir d'un manquement si grave aux devoirs de l'épouse honnête, cette moralité, perdue, enveloppée dans les fougues de l'âge, n'aurait pas été aperçue. Mais c'est vingt ans après que les fautes sont consommées, quand les passions sont usées, que leurs objets

I . On lit en plus dans la lettre : Elle n'a mime de rapport à nos év^* nements que par le don patriotique de mes honoraires d'autenr anx braves soldats de nos armées. (Voyez ci-après l'Avertissement.)

n'existent plus, à Tinstant où les conséquences d'un désordre presque oublié viennent peser sur rétablissement, sur le sort d'enfians malheureux qui les ont toutes ignorées, et qui n*en sont pas moins les victimes, c'est de ces circonstances graves que la moralité tire toute sa force et devient le préservatif des jeunes personnes bien nées, qui, lisant peu dans l'avenir, sont beaucoup plus près du danger de se voir égarées que de celui d'être vicieuses. Voilà sur quoi porte mon drame.

Puis, opposant au scélérat notre pénétrant Figaro, vieux ser* viteur très -attaché, le seul être que le fripon n'a pu tromper dans la maison , l'intrigue qui se noue entre eux s'établit sous cet autre aspect.

Le scélérat, inquiet, se dit : En vain j'ai le secret de tout le monde ici , en vain je me vois près de le tourner à mon profit ; si je ne parviens pas à fiiire chasser ce valet, il pourra m arriver malheur. ^

D'autre côté, j'entends le Figaro se dire : Si je ne réussis à dépister ce monstre, à lui faire tomber le masque, la fortune» l'honneur, le bonheur de cette maison, tout est perdu. La Suzanne, jetée entre ces deux lutteurs, n*est ici qu'un souple instrument dont chacun entend se servir pour hâter la chute de l'autre.

Ainsi, la comédie d'intrigue y soutenant la curiosité, marche tout au travers du drame, dont elle renforce l'action, sans en diviser l'intérêt, qui se porte entier sur la mère. Les deux encans, aux yeux du spectateur, ne courent aucun danger réel. On voit bien qu'ils s'épouseront si le scélérat est chassé, car ce qu'il y a de mieux établi dans l'ouvrage, c'est qu'ils ne sont parens à nul degré , qu'ils sont étrangers l'un à l'autre , ce que savent fort bien, dans le secret du cœur, le comte, la comtease>'le scélérat f Suzanne et Figaro, tous instruits des événemens, sans compter le public qui assiste à la pièce, et à qui nous n'avons rien caché.

Tout l'art de l'hypocrite, en déchirant le cœur du père et de la mère, consiste à effirayer les jeunes gens, à les arracher l'un à l'autre, en leur faisant croire a chacun qu'ils sont enfans du même père! c'est là le fond de son intrigue. Ainsi marche le double plan que l'on peut appeler complexe.

Une telle action dramatique peut s'appliquer à tous les temps,

à tous les lieux où les grands tndts de la nature et tous ceux qui caractérisent le cœur de rhomme et ses secrets ne seront pas trop méconnus.

Diderot, comparant les ouvrages de Richardson avec tous ces romans que nous nommons Vhistoire^ s'écrie, dans son enthousiasme pour cet auteur juste et profond : « Peintre du cœur humain \ c*est toi seul qui ne mens jamais ! n Quel mot sublime ! Et moi aussi, j'essaie encore d*être peintre du cœur humain; mais ma palette est desséchée par Tâge et les contradictions. La Mère coupable a dû s'en ressentir 1

Que si ma faible exécution nuit à l'intérêt de mon plan , le principe que j*ai posé n'en a pas moins toute sa justesse. Un tel essai peut inspirer le dessein d'en offirir de plus fortement concertés. Qu'un homme de feu l'entreprenne, y mêlant, d'un crayon hardi, Vintrigue avec le pathétique. Qu'il broie et fonde savamment les vives couleurs de chacun ; qu'il nous peigne à grands traits l'homme vivant en société, son état, ses passions, ses vices, ses vertus, ses fautes et ses malheurs, avec la vérité frappante que l'exagération même, qui fait briller les autres genres, ne permet pas toujours de rendre aussi fidèlement. Touchés, intéressés, instruits, nous ne dirons plus que le drame est un genre décoloré, né de l'impuissance de produire une tragédie ou une comédie. L*art aura pris un noble essor ; il aura ùàx encore un pas.

O mes concitoyens! vous à qui j'offre cet essai 1 s'il vous paraît fiùble ou manqué, critiquez-le, mais sans m'injurier. Lorsque je fis mes autres pièces, on m'outragea longtemps pour avoir osé mettre au théâtre ce jeune Figaro, que vous avez aimé depuis. J'étais jeune aussi, j'en riais. En vieillissant, l'esprit s'attriste, le caractère se rembrunit. J'ai beau faire, je ne ris plus quand un méchant ou un fripon insulte à ma personne, à l'occasion de mes ouvrages : on n'est pas maître de cela *.

Critiquez la pièce : fort bien. Si l'auteur est trop vieux pour en tirer du fruit, votre leçon peut profiter à d'autres. L'injure ne profite à personne, et même elle n'est pas de bon goût. On peut

1. On lit dans la lettre : Pourtant, mes chers concitoyens, si ma pièce ne vons plaît pas , n'allez point user vos poumons en Invectives contre moi ; moins encore si elle voas platt, comme on l'a fait assez souvent sur mes ouvrages de théâtre.

offrir cette remarque i une naiioti renommée pu son tncienne poliicBie, qui 1* fibait servir de modile en ce point, comme elle est encore aujourd'hui celui de la haute vaillance'.

I. Le nuaDKTJl de la lettre dn Théltre-Fraiiçiii u termine par lei lifitei

lUiTUilei, écrile*, dattes et ngnéu de le mvn même de Beiuœirchiii :

• Non , je n'd pai écrit tu renKi qoe fe ne rat loie va

Rpenlir d'one femme bieo inslhi Peol-ire me laorei-vout grt de M plenrer, ahl cbercbeiDD tntre ipecude, lannea à vooi offrir.

L'AUTRE TARTUFFE

OU

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