‹ Théâtre complet de Beaumarchais, réimpr. des éd. princeps, avec les variantes des MSS. originauxChapitre 9 sur 167 · DE L'AUTEUR · texte numérisé non relu

DE L'AUTEUR

E Poëme de Tarare était fini depuis longtempsy sa Musique était achevée, ma doctrine sur rOpéra même était imprimée; j'allais la publier pendant qu*on répétait la Pièce, car je voulais qu'on arrivât ^instruit de l'intention qui me l'avait fait faire, lorsque deux méchans obscurs ont exprès jeté dans le Public un Libelle atroce, où vingt personnes sont déchirées, où je suis injurié sans nul ménagement. Forcé de répondre à Tinstant^ craignant de ne pouvoir suffire à tout, et que mes ennemis ne saisissent un moment de crise pour troubler l'effet d'un Spectacle qui, plein de nouveautés dramatiques, avait besoin d'être écouté sans prévention , j'ai suspendu les répétitions de Tarare, pour rendre plainte et suivre au criminel le prompt châtiment des coupables.

Mes efforts pour obtenir la suspension de l'ouvrage ont été inutiles, et, quoique j'aie porté ma suplique au point d'offrir le remboursement des dépenses, le Ministre a cru devoir préférer les intérêts d'un grand

Spectacle aux miens , et l'impatience du Public à mes justes répugnances. Il m*a fallu céder à Tautorité souveraine, qui^ dans cette occasion, n*a mis qu'une volonté forte, mais rien qui ne fût très-honorable au Citoyen^ et flatteur pour l'Homme de Lettres. Je n'ai donc pu que m'affliger, sans avoir le droit de me plaindre.

L'obligation de présenter le Poème à la Famille Royale le jour de la première représentation a fait passer deux nuits à l'Imprimeur, et rend la première Édition très-fautive.

Le voici tel qu'il fut adopté par l'Académie de Musique, il y a trois ans, et mon Discours préliminaire , un peu badin , je l'avoue^ pour la gravité du moment. Quand je le fis, j'étais nonchalamment heureux; je n'avais pas encore Toreille rebattue des .cris de mille forcenés. Ce Discours serait d*un autre ton s'il était à faire aujourd'hui.

Apprenez seulement, Etrangers qui n'habitez pas cette Ville, qu'en ce moment d'un très-léger succès, et sans doute pour m*en punir, cent dégoûtans Libelles manuscrits, imprimés, courent la Capitale, et font vivre mille affamés du triste produit de leur vente, en attendant que les Auteurs aient la retraite qu'ils méritent.

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