ACTE TROISIEME
SERGEAC.
Attends au moins quelques jours.
SIMONE
Non.
SERGEAC.
Rien ne t'oblige à partir aussi vite.
SIMONE
C'est mon idée. Tu devrais ne pas essayer de me retenir. Tu devrais comprendre que tu n'y réussiras pas.
SERGEAC.
Pourquoi tiens-tu à t'en aller aujourd'hui même?
SIMONE
C'est mon idée!
SERGEAC.
C'est mon idée! C'est mon idée ! Et je n'ai pas le droit d'en savoir plus ?
SIMONE
Tu n'en sauras pas plus.
SERGEAC.
Allons!... Et quand comptes-tu revenir?
SIMONE
Je ne sais pas.
SERGEAC.
Tu ne sais pas ! (Silence,) C'est cela que tu as imaginé et que tu m'annonces avec ce calme ! Et moi qui tout à l'heure te remerciais de ta bonté !... Simone!... Simone!... Je ne te reconnais plus, tu me montres un visage fermé, agressif, presque haineux!... Allons, je ne suis donc plus ce père que tu aimais tant, le patron, comme tu disais... Tu m'avais tant et si tendrement promis le pardon, d'avance. Tu ne te rappelles pas ..
SIMONE
Oh! si vous saviez comme il faudrait mieux me laisser m'en aller sans plus rien me dire...
184 SIMONE
SERGEAC,
Si je ne t'aimais pas, c'est ainsi que j'agirais... Mais je t'aime... Tu me fuis comme si je te faisais peur... SIMONE, se bouchant les oreilles.
Je veux partir aujourd'hui... Je veux partir aujourd'hui...
SERGEAC.
Je comprendrais ta haine, si ton mariage était définitivement rompu, comme tu le croyais hier, si ta vie était brisée comme tu disais.
SIMONE
Ah! Elle l'est brisée, ma vie! Je vous jure; elle l'est brisée.
SERGEAC.
Parce que ton amour-propre te porte maintenant à repousser Michel...
SIMONE
Je vous en prie. Adieu.
SERGEAC.
Mais je ne te laisserai pas partir.
SIMONE
Ah!
SERGEAC.
Mais non! Je suis convaincu que tu fais une folie. Mon devoir est de te défendre contre toi-même... Alors, tu vivras avec Hermance, chez elle?
SIMONE
Oui.
SERGEAC.
Dans sa maison de paysan?
SIMONE
Là ou ailleurs.
Tu nous quittes sans regrets, ton grand-père et moi ?