ACTE DEUXIEME
MYRiAM, de même.
Chacun chez soi!
SOLANGE
J'ai assez bûché, ce matin. J'ai droit à un peu de peinture, veux-tu, Myriam ?
MÏRIAM.
Ça colle !
Elle étudie un rôle dans une pose simple, sur laquelle on sent que Solange a déjà travaillé.
MONSIEUR GUADAGNE.
Allons-y !...
Tout le monde travaille. M. Guadagne chantonne. SOLANGE, après un moment.
Depuis que je connais l'aventure de Régine, je trouve que M. Georges Livrain ressemble au bonhomme qui sort d'ici... Il m'a toujours déplu, cet oiseau-là !
MYRIAM
N'est-ce pas, Solange, qu'elle n'aurait pas dû courir après son mari?
SOLANGE
Je ne suis pas de ton avis. Quand on a eu la chance de trouver un mari, même à moitié bon, il faut tout faire pour le garder.
MYRIAM
Régine se donne, bien inutilement, des airs de coupable.
SOLANGE, tout en peignant.
Ta tète un peu droite... Bien... (Simplement.) Coupable? Mais elle l'est, coupable....
MONSIEUR GUADAGNE.
Tête folle 1... Je suis convaincu que Régine n'a rien fait d'irréparable.
SOLANGE
Moi aussi.
MONSIEUR GUADAGNE.
Sa sincérité était évidente, samedi... Elle n'est pas femme à nous mentir.
SOLANGE
Elle est coupable tout de même.
Si elle aimait M. Livrain...
SOLANGE
Alors, elle devait partir avec lui.
MONSIEUR GUADAGNE.
Et Suzette?
SOLANGE
Si elle n'aimait pas M. Livraiii plus que sa fille, il fallait respecter le contrat qui la lie à son mari.
MYRIAM. 1
Enfin, si elle n'aime pas son mari, elle est libre.
SOLANGE
Personne n'est libre.
MYRIAM
Cependant...
SOLANGE
Oui, oui... Je sais « le droit au bonheur »... On n'a pas droit au malheur des autres.
MYRIAM
Quels autres?
SOLANGE
Quels autres? Mais... son mari, sa fille, papa, toi, moi. S'il y avait un procès en séparation, crois-tu qu'il ne coûterait pas bien des larmes? Et l'enfant! Et Suzette?... Nous deux, nous avons dit adieu au mariage : ça va bien. Mais si nous attendions un fiancé...
MYRIAM
Nous n'en attendons pas.