‹ Théatre complet de BrieuxChapitre 162 sur 226 · ACTE DEUXIÈME · texte numérisé non relu

ACTE DEUXIÈME

qui ont refuse de me laisser causer avec lui et M. Chambert m'a mise à la porte, poliment, mais nettement.

MONSIEUU GUADAGNE.

Ah ! le vieux renard !

KKGINE.

je suis allée coucher chez nos amis Boissette, et je suis retournée chez mes beaux-parents le lendemain matin — hier, par conséquent — bien décidée à obtenir cette fois une explication.

Alors?

RÉGINE

Tout le monde était parti pour Paris par le premier train.

MONSIEUR GUADAGNE.

Tout le monde?

RÉGINE

Toute la famille, nia belle-sœur exceptée. J'ai compris qu'on organisait la {*uerre contre moi. J'ai pris le train suivant. Ce matin, je suis allée chez M« Fougeray, mon avoué. Il parait que mon affaire est mauvaise, que mon mari a de grandes chances d'obtenir la séparation s'il la demande. Et savez-vous le plus fort? 11 y avait à craindre que la garde de l'enfant me fût enlevée... [En retour sur elle-même.) Ah! mon Dien ! Si j'avais su !... Enfin, c'est fait... malheureusement... Alors, à l'idée qu'on pouvait me prendre Suzette, mon sang n'a fait qu'un tour.

SOLANGE

Mais comment as-tu...

RÉGINE

Je me suis remuée... Je vous passe des détails. J'ai appris que ma fille avait été conduite à sa pension hier matin... Dis donc, Solange, toi qui grognes parfois contre

le sort des femmes, savais-tu qu'on pouvait, à la pension, me refuser de me donner mon enfant ?

SOLANGE

Oui, le mari est le maître.

RÉGINE

Non, mais qu'à moi, la mère, on pouvait la refuser...

SOLANGE

Oui.

Moi, je ne savais pas. Je me suis dit : « Si j'attends, tout est perdu... J'ai encore une chance en agissant tout de suite. » Le congé ne finissait que demain. La directrice absente. Autant d'atouts. Je vais à la pension, je demande Suzette du ton le plus naturel, je dis que la grand'mère est malade... On hésite... Je paie d'audace. J'intimide la dame... Il y avait là d'autres parents... On a pour d'une histoire... Et l'on me donne ma fille!... Non !... les efforts qu'il m'a fallu faire pour ne pas me mettre à courir, pour ne pas la prendre dans mes bras, et l'emporter en criant de bonheur, on ne le saura jamais... Nous sommes donc sorties, bien doucement, comme des personnes très raisonnables... Suzette comprenait, je crois, qu'il se passait quelque chose, car je sentais sa petite main moite trembler dans la mienne... Quand nous avons été en voiture, nous nous sommes bien embrassées, vous pouvez le croire... Et elle m'a dit : « Petite mère... ! » Il faut avoir eu peur de ne plus entendre ces mots-là, pour savoir tout ce qu'ils contiennent!... « Petite mère, je veux rester avec toi toute ma vie!... On lui avait annoncé là-bas que j'étais partie en voyage. {Eii larmes.) Elle m'a dit qu'elle ne l'avait pas cru, parce qu'elle savait bien que je ne serais pas partie sans l'avoir embrassée... Voilà!...

SOLANGE

Alors, tu n'as pas encore revu ton mari, depuis samedi?

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