‹ Théatre complet de BrieuxChapitre 174 sur 226 · ACTE DEUXIEME · texte numérisé non relu

ACTE DEUXIEME

HENRI

Tu l'as avoué! Qu'est-ce que je dis, avoue! Tu t'en os vantée !

N'oublie pas dans quelles circonstances. Demande-toi si ton attitude n'a pas été excessive. Rappelle-toi les mois que tu m'as dits. Tu m'as crue la maîtresse de Georges.

HENRI

11 me semble que...

Je t'en prie, laisse moi continuer. Tu m'as crue la maîtresse de Georges. J'ai d'abord nié parce que ce n'est pas vrai.

HENRI

Facile à dire.

RÉGINE

Ce n'est pas vrai ! Ce n'est pas vrai! Je t'ai suppliô. Je comprenais ta colère et j'acceptais la violence de tes premières paroles.

HENRI

C'est encore heureux!

RÉGINE

Mais, vraiment, tu as été trop loin. Tu as été trop grossier et pendant trop longtemps.

HENRI

Je t'ai....

RÉGINE

Allons! Allons! Tu ne peux pas dire non et je te mets au défi de répéter sans rougir les mots orduriers que tu m'as jetés à la face par tombereaux. Tu ne te possédais plus. Tu m'as frappée. Tu m'as salie des noms les plus bas du vocabulaire le plus bas. Tu me faisais souffrir comme si, littéralement, tu m'avais tordu les nerfs. J'étais perdue de honte, de révolte et d'humiliation. J'ai d'abord crié sous la douleur, puis il m'est venu le besoin

irrésistible de te rendre le mal que tu me faisais. C'était instinctif, irraisonné... comment dis-tu?... un réflexe. Et je t'ai crié : « J'ai un amant! » Tu avais cherché et trouvé ce qui pouvait me blesser le plus cruellement : j'ai fait de même. Voilà ce qui s'est passé; voilà le plus grave.

HENRI

Et ce que j'ai vu ! ce n'est pas grave, ce que j'ai vu?

RÉGINE

Ce que tu as vu est ce qu'il y a eu de plus coupable entre Georges et moi. Et tu peux le pardonner.

HENRI

Pardonner! Oui-dà! Comme cela. Tout de suite, tout simplement!

RÉGINE

Oui, tout de suite, tout simplement!

HENRI

Ce serait trop commode, en vérité! Alors, je t'aurais surprise dans les bras de ton amant...

RÉGINE

Je n'ai pas d'amant.

HENRI

Prouve-le.

Cela ne se prouve pas- Je te le dis et je te le jure. Et je ne veux pas même te faire le serment sacré qui me vient à la pensée, parce que je croirais manquer de respect à Suzette en mêlant son nom à nos petites histoires. Allons ! Si je t'avais trompé, je ne te parlerais pas sur ce ton, je ne te regarderais pas en face comme je le fais et je ne te livrerais pas mes yeux comme je te les livre. Si j'avais di'i te tromper, je n'aurais pas attendu treize ans. Et je me serais cachée... Mais la manière même dont tu as pu nous surprendre prouve en ma faveur... Nous n'aurions pas été aussi bêtes, tu le sais bien. Des amants auraient...

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